DicoPer-B

B

 

Babet. — Jeune paysanne des Artaud. Bossue, les os trop gros [283]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Bachelard père. — Frère de Narcisse Bachelard, père de madame Josserand. A dirigé pendant quarante ans un pensionnat de la rue des Fossés-Saint-Jacques, l’institution Bachelard [37]. Avait une seconde fille qui s’est sauvée avec un officier. (Pot-Bouille.)

Bachelard (Eléonore). — A épouse le caissier Josserand, dont elle a au deux fils, Léon et Saturnin, et deux filles, Hortense et Berthe. C’est une femme corpulente et superbe ; elle a la face carrée, des joues tombantes, un nez trop fort. Décolletée, elle montre des épaules encore belles, pareilles à des cuisses luisantes de cavale. Son père lui avait promis une dot de trente mille francs qu’il n’a jamais payée et, lorsqu’il est mort, les Josserand ont été volés dans la succession. Ils vivent des appointements du mari, huit mille francs par an, dans une misère vaniteuse de bourgeois, le pauvre Josserand s’exténuant à des travaux supplémentaires pour grossir les ressources du ménage, la femme reprochant à l’homme de l’avoir trompée sur ses capacités. La morale d’Éléonore; se résume eu quelques phrases toutes faites : « Dans la vie, il n’y a que les plus honteux qui perdent; l’argent est l’argent; moi, lorsque j’ai eu vingt sous, j’ai toujours dit que j’en avais quarante ; il vaut mieux faire envie que pitié ; je porterais plutôt des jupons sales qu’une robe d’indienne ; mangez des pommes de terre, mais ayez un poulet quand vous avez du monde a dîner » [43]. Elle est convaincue de la parfaite infériorité des hommes, dont l’unique rôle doit être d’épouser et de payer [102]. Madame Josserand saute d’une idée à une autre et se contredit avec la carrure d’une femme qui n’a jamais tort; elle agit sans consulter personne, mais si les choses tournent mal, c’est toujours la faute des autres ; elle a des haussements d’épaules écrasants devant son mari, gifle ses filles quand elle est à bout d’arguments, gaspille l’argent en toilettes et en réceptions et rogne tellement sur le train du ménage que les voleuses elles-mêmes refusent de rester dans cette « boîte » où les morceaux de sucre sont comptés [32]. Son mépris pour l’honnêteté incapable de Josserand se double de rancœur devant la fortune gagnée par Narcisse Bachelard, son frère, un homme sans principes, dont les crapuleuses ivresses lui soulèvent le cœur et qu’elle s’abaisse à dorloter pour en tirer de l’argent. Éléonore a la religion du succès : elle commence à estimer son fils Léon lorsqu’il devient l’amant d’une vieille dame riche. Dans sa rage de ne pas trouver de gendre, malgré une campagne terrible de trois hivers, elle a poussé ses filles à pêcher un mari par tous les moyens, leur enseignant que les hommes ne sont bons qu’à être fichus dedans [102]. Quand Berthe, stylée par elle, se fait enfin épouser, madame Josserand roule les Vabre avec un aplomb superbe. Ne connaissant aucun scrupule, elle promet une dot sans en posséder le premier sou et, pour parer aux dépenses indispensables, pour masquer sous de magnifiques toilettes la détresse du ménage, elle extorque un legs fait à son fils Saturnin, demi-dément dont elle a peur et honte. Plus tard, l’adultère de Berthe révoltera cette mère qui n’y voudra voir d’ailleurs qu’une impardonnable bêtise, car, selon elle, le fait de rester honnête confère tous les droits à l’épouse, et la légitime mauvaise humeur d’un mari ne commence qu’au flagrant délit de la femme [307]. Mais elle conservera la plus entière désinvolture devant son gendre outragé, elle saura lui prouver que lui seul est coupable et, tranquillement, lui remettra Berthe sur les bras sans avoir abdiqué une parcelle de son autorité. Devenue veuve, madame Josserand vit d’une pension que lui font les anciens patrons de son mari [477]. (Pot-Bouille.)

Bachelard (Narcisse). — Frère d’Éléonore. C’est l’oncle Bachelard, un homme sans mœurs, qui gagne quatre-vingt mille francs par an dans la commission. Couvert de bijoux, dégingandé, il est énorme, avec sa carrure de commerçant noceur et braillard, qui a roulé dans tous les vices. Il a des fausses dents trop éclatantes, une face ravagée, un grand nez rouge qui flambe, des yeux pâles a brouillés, des cheveux blancs coupés ras [49]. Sa maison de commission occupe le sous-sol et le rez-de-chaussée d’un vaste immeuble de la rue d’Enghien. Dans les occasions de plaisir, Bachelard agit avec la prodigalité enragée d’un homme qui ne compte plus ; il est connu sur toute la ligne des grands boulevards pour ses dîners fastueux, des dîners à trois cents francs par tête qu’il offre à ses clients de l’Inde ou du Brésil et dans lesquels il soutient noblement l’honneur de la commission française [240]. Mais cette ostentation ne l’empêche pas de compter ; dans les cafés, il emporte le sucre; en famille, il est d’une avarice féroce. Comme les Josserand sont à genoux devant sa fortune, il les exploite pendant quinze ans, emmenant chaque semaine le mari passer deux heures dans son bureau et lui faisant vérifier gratis ses écritures pour économiser cent sous. Il accepte les invitations à dîner, laisse entendre à sa sœur qu’il sera généreux plus tard, impose aux Josserand ses habitudes répugnantes, se fait tripoter par ses nièces qui lui arrachent parfois vingt francs de haute lutte, mais il n’offre jamais un cadeau. Gavé de boisson et de nourriture, Bachelard a beau n’avoir jamais sa raison, il ouvre l’œil dès qu’on lui parle d’argent et, serré de près, sait. se dérober en exagérant son air de noceur gâteux [150]. Il n’est prodigue que de conseils, s’entendant à demi-mot avec sa sœur, pour marier Berthe grâce à l’appât d’une dot imaginaire.

Au fond, ce jouisseur égoïste a toujours été pour l’idéal ; fatigué des gueuses qui le grugent, Narcisse Bachelard a cherché un cœur qui le comprît et il s’est mis à aimer Fanny Menu, la jeune Fifi, une innocence en chambre, de la chair en bouton qu’il salit de ses anciens vices [245] et qui ne lui coûte pas plus de cinq louis par mois. Quand une noce l’attendrit, il ne peut se tenir de mener les gens chez Fifi, partagé entre la vanité de montrer son trésor et la crainte de se le faire voler [166]. Dans ces moments-là, sa voix de vieil ivrogne tremble, des larmes gonflent ses paupières lourdes ; il donne des détails sur sa maîtresse, une peau de fleur, des cuisses rondes et fermes comme des pêches [244]. Et l’inévitable se produit : Bachelard est trompé au profit de Gueulin, son neveu et son compagnon de plaisir; mais cette infortune achève d’exciter sa sensibilité : il régularise la situation en mariant Gueulin et Fifi, et il leur donne généreusement, en bon oncle, les cinquante mille francs promis depuis si longtemps pour la dot de sa nièce Berthe. (Pot-Bouille.)

Badeuil (Charles). — Mari de Laure Fouan, père d’Estelle Vaucogne. Ancien tenancier de maison publique. Il vivotait dans un petit café de la rue d’Angoulême, à Châteaudun, lorsqu’il a épousé Laure Fouan. Hantés par le désir d’une fortune rapide, les époux sont allés à Chartres et, après avoir tâté de plusieurs commerces, ont eu l’heureuse idée d’acheter un établissement de la rue aux Juifs, tombé en déconfiture par suite de mauvaise gestion. Grâce au bras d’acier de M. Charles et à l’extraordinaire activité de sa femme, le 19 s’est rapidement relevé de ses ruines. En moins de vingt-cinq années, les Badeuil ont économisé trois cent mille francs. Ils ont alors voulu contenter le rêve de leur vie, une vieillesse idyllique en pleine nature, avec des arbres, des fleurs, des oiseaux, et, comme Laure Fouan aspirait à finir ses jours au pays natal, ils se sont fixés à Rognes, dans la charmante propriété de Roseblanche, véritable oasis de la Beauce pouilleuse, folie d’un riche bourgeois de Cloyes, qu’ils ont acquise à un prix dérisoire [43]. M. Charles est un bel homme de soixante-cinq ans, rasé, aux lourdes paupières sur des yeux éteints, à la face correcte, grasse et jaune de magistrat retiré. Chez lui, on le trouve avec des chaussons fourrés et une calotte ecclésiastique qu’il porte dignement. Il a un grand souci des bonnes manières, s’indigne contre le relâchement des mœurs dans les campagnes et montre la plus grande sévérité à l’égard de ses bonnes [183]. Tout le pays respecte les Badeuil, qui ne sont ni des fainéants ni des bêtes, puisqu’ils ont su mettre de côté douze mille francs de rente; les paysans de la famille, à genoux devant l’argent, sont extrêmement flattés de serrer la main que M. Charles leur tend avec condescendance. Et les anciens tenanciers du 19 vivent là, dans un bonheur absolu, qu’ils considèrent comme lu récompense légitime de leurs trente années de travail, tourmentés seulement du sort de la maison de Chartres, qui périclite aux mains de l’incapable, Vaucogne, mari d’Estelle. (La Terre.)

Badeuil (Madame Charles). — Fille cadette de Joseph-Casimir Fouan. Sœur de la Grande, du père Fouan et de Michel Fouan, dit Mouche. Femme de M. Charles. Elevée dans la couture, placée à Châteaudun, elle avait été laissée en dehors du partage des terres, on l’avait indemnisée en argent. Devenue maîtresse d’une maison de tolérance à Chartres, elle a puissamment secondé son mari, ayant l’œil partout, ne laissant rien perdre, tout en sachant accepter, quand il le fallait, les petits vols des clients riches [41]. Retirée avec son mari à Rognes après fortune faite, madame Charles est une dame de soixante-deux ans, à l’air respectable, aux bandeaux d’un blanc de neige ; elle a le masque épais et à gros nez des Fouan, mais d’une pâleur rosée, d’une paix et d’une douceur de cloître, une chair de vieille religieuse ayant vécu à l’ombre. Elle donne le bon exemple en allant à la messe et soigne attentivement l’éducation de sa petite-fille Elodie Vaucogne, ange de candeur qui ne doit rien connaître des basses réalités. Très attachée d’ailleurs aux souvenirs de sa vie active, madame Charles affectionne un vieux chat jaune qui, pendant quinze ans, a ronronné sur tous les lits du 19, le chat favori qui assistait aux choses en muet rêveur, voyant tout de ses prunelles amincies dans leur cercle d’or [45].

Du fond de sa retraite bourgeoise pleine de soleil, une véritable nostalgie ramène la vieille dame vers son ancienne maison aux persiennes toujours closes. Dans les moments de presse, elle accourt à Chartres pour donner un coup de main à sa fille Estelle, qui lui a succédé. Et elle rapporte à Rognes des lots de vieux linge imprégné d’une persistante odeur de musc, des draps en loques, des chemises fatiguées, qu’elle distribue aux paysans de la famille, flattés dans leur amour du linge, la vraie richesse après la terre [273]. Madame Chartes, convaincue que sa petite-fille ne sait rien de rien, connaîtra la plus douée émotion de sa vie lorsqu’elle verra Elodie obéir à une vocation irrésistible et perpétuer la race des Charles en reprenant le 19 et en sauvant de la ruine l’œuvre glorieuse des grands parents [491]. (La Terre.)

Badeuil (Estelle). — Fille des Badeuil. Mère d’Élodie Vaucogne. Née dans la première année du mariage de ses parents, elle a été mise chez les Sœurs de la Visitation, à Châteaudun, et n’est sortie de ce pensionnat dévot qu’à dix-huit ans, pour être mariée à Hector Vaucogne. Mère après cinq ans de mariage, elle a vécu jusqu’à trente ans sans soupçonner le métier de ses parents et, instruite seulement à l’époque où ils songeaient à se retirer, elle a voulu reprendre leur commerce, se révélant du premier coup comme une maîtresse de maison supérieure, suffisant à elle seule à faire marcher le 19, compensant heureusement la mollesse de son mari [42]. Mais, mal secondée, elle se donne un mal énorme pour soutenir la bonne réputation de l’établissement et finit par se mer à la peine. L’enterrement a lieu à Chartres, le quartier s’associe à la douleur des Badeuil, les cinq femmes de la maison assistent à la cérémonie en robe sombre, l’air comme il faut [339]. (La Terre.)

Baillehache. — Notaire à Cloyes, né en 1805. Sa charge est dans la famille depuis deux cent cinquante ans ; les Baillehache de père en fils se sont succédé, d’antique sang beauceron, prenant de leur clientèle paysanne la pesanteur réfléchie, la circonspection sournoise, qui noient de longs silences et de paroles inutiles le moindre débat. Baillehache, frais encore pour ses cinquante-cinq ans, a les lèvres épaisses, des paupières bridées dont les rides font rire continuellement son regard. Il porte un binocle et a le continuel geste maniaque du tirer les longs poils grisonnants de ses favoris [15]. Dans son étude, située rue Grouaise, on contracte des assurances contre la conscription [69]. Baillehache assiste avec un flegme professionnel aux terribles querelles de ses clients [389]. (La Terre.)

Baillehache (Mademoiselle). — Sœur aînée du notaire de Cloyes, née en 1799. Extrêmement laide, mais douée. Elle épouse à trente-deux ans Alexandre Hourdequin, de cinq ans moins âge qu’elle, et elle lui apporte une dot de cinquante mille francs. Deux enfants, un fils et une fille. Elle meurt en 1855, pendant la moisson [87]. (La Terre.)

Balbi (Clorinde). — Voir CLORINDE .

Balbi (Comtesse Lenora). — Vieille Italienne, moitié aventurière, moitié grande dame, sortie, dit-on, d’un lit royal. Sa fille Clorinde est née deux ans après la mort du comte; le ménage Balbi avait, prétend-on, passé par une foule d’excentricités, dans des débordements parallèles [63]. La comtesse, fixée à Paris, se livre à de savantes menées politiques, son salon est le refuge des Vénitiens exilés, elle est informée des affaires d’Italie avant le légat lui-même [72], et agit dans le monde politique en agent secret du gouvernement piémontais, secondée par les séductions de Clorinde. Lenora Balbi vit allongée, croquant des pastilles à la menthe, recevant les hommages du chevalier Rusconi, et se faisant soigner par le domestique Flaminio, un grand diable d’Italien à figure de bandit. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Balthazar. — Cheval de madame François. Bonne vieille bête de irait faisant, été comme hiver, le trajet de Nanterre à Paris, remisant rue Montorgueil,au Compas d’Or [7]. (Le Ventre de Paris.)

Bambousse (Artaud, dit). — Maire des Artaud. Le plus riche cultivateur du pays, gras, suant, la face ronde, vieil incrédule qui refuse les fonds de la commune pour réparer l’église en ruine [40]. Sa fille Rosalie ayant été culbutée dans les foins par Fortuné Brichet, fils de paysans pauvres, il refuse d’abord son consentement an mariage, furieux de donner son bien à un sans le sou [42], puis il cède après l’accouchement de Rosalie et il aie crève-cœur de voir l’enfant mourir quelques jours après le mariage [425]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Bambousse (Catherine). — Fille cadette de Bambousse. Onze ans. Déjà vicieuse, on la rencontre dans tous les coins du pays avec Vincent Brichet [33]. Vole des branches d’olivier pour les apporter au mois de Marie [93]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Bambousse (Rosalie). — Fille aînée de Bambousse. Dix-huit ans. Grande fille brune, travailleuse de la terre, nuque roussie, cheveux noirs plantés comme des crins, l’air d’une bête impudique [39]. Maîtresse de Fortuné Brichet. On les marie après la venue d’un enfant [281]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Baptiste. — Valet de chambre de Saccard. Homme superbe, tout de noir habillé, grand, fort, la face blanche, avec les favoris corrects d’un diplomate anglais, l’air grave et digne d’un magistrat [20]. Paraît s’intéresser beaucoup aux chevaux. Sa froideur, ses regards clairs qui ne s’arrêtent jamais aux belles épaules décolletées, en imposent à Renée [206], jusqu’au jour où elle apprend que ce mépris des femmes a pour cause un trop grand amour pour les jeunes garçons d’écurie [340]. Chassé par Saccard, l’imposant Baptiste entre au service du baron Gouraud [344]. (La Curée.)

Baptistin. — Employé de Larsonneau. Petit jeune homme louche, les cheveux pâles, la face couverte de taches de rousseur. Il est vêtu d’une mauvaise redingote noire, trop grande et horriblement râpée [251]. Larsonneau lui fait jouer le rôle principal dans une comédie de chantage, destinée à intimider Aristide Saccard. (La Curée.)

Baquet (la mère). — Marchande de vin à La Chapelle. Vend du vin d’Orléans à huit sous [264]. (L’Assommoir.)

Barillot. — Avertisseur au theâtre des Variétés, où il est depuis trente ans. C’est un petit vieillard bleuie, à la voix grêle [139]. (Nana.)

Bastian. — Tambour de la compagnie Beaudoin, du 106e de ligne (colonel de Vineuil). Un gros garçon gai. Dans la retraite sur la place de Sedan, le 1er septembre, vers cinq heures. lorsque la bataille était finie, il a eu l’infortune d’attraper dans l’aine une balle perdue [396]. Le malheureux agonise sur la paille, à l’ambulance Delaherche, et meurt pendant la distribution du trésor du 7e corps. Les pièces d’or qu’un sergent a mises dans ses mains déjà froides roulent à terre et sont ramassées par un blessé voisin, un petit zouave sec et noir, qui veut avoir de quoi se payer du sirop [397]. (La Débâcle.)

Bataille. — Un cheval blanc qui a dix ans de fond, dans les galeries du Voreux. Le doyen de la mine. Depuis dix ans, il vit là, occupant un même coin d’écurie, faisant la même tache le long des parois, sans avoir jamais revu le jour. Très gai, le poil luisant, l’air bonhomme, il semble couler une existence de sage, à l’abri des malheurs de là-haut. D’ailleurs, dans les ténèbres, il est devenu d’une grande malignité. La voie où il travaille a fini par lui être si familière, qu’il pousse île la tête les portes d’aérage, et se baisse, afin de ne pas se cogner, aux endroits trop bas. Sans doute aussi, il compte ses tours, car lorsqu’il a fait le nombre réglementaire de voyages, il refuse d’en recommencer un autre, on doit le reconduire à sa mangeoire.

Maintenant, l’âge vient, ses yeux de chat se voilent parfois d’une mélancolie. Peut-être Bataille revoit-il vaguement, au fond de ses rêvasseries obscures, le moulin où il est né, près de Marchiennes, un moulin planté sur le bord de la Scarpe, entouré de larges verdures, toujours éventé par le vent. Quelque chose brûle en l’air, une lampe énorme, dont le souvenir exact échappe à sa mémoire de bête. Et il reste la tête liasse, tremblant sur ses vieux pieds, faisant d’inutiles efforts pour se rappeler le soleil [63]. Quand un compagnon lui tombe de la terre, il le flaire, connue s’il trouvait en lui la bonne odeur du grand air, l’odeur oubliée du soleil dans les herbes, et il éclate tout à coup d’un hennissement sonore, d’une musique d’allégresse, où semble se révéler l’attendrissement d’un sanglot [64]. Il s’est pris d’une grande tendresse pour son camarade Trompette ; on dirait la pitié affectueuse d’un vieux philosophe, désireux de soulager un jeune ami, eu lui donnant sa résignation et sa patience [210]. Mais c’est en vain qu’il le frotte amicalement de ses côtes. qu’il lui mordille le cou, l’autre reste morne, sans goût à la besogne, comme torturé du regret de la lumière. Trompette meurt [476], et le tour de Bataille vient un peu plus tard : il est assassiné par l’inondation de la mine [558]. (Germinal.)

Baudequin. — Dessinateur habitant la maison des Lorilleux, rue de la Goutte-d’Or. C’est un grand escogriffe criblé de dettes [71]. (L’Assommoir.)

Baudequin. — Tient un café boulevard des Batignolles, au coin de la rue Darcet. Là, se sont réunis régulièrement le dimanche soir, pendant plusieurs années, Claude Lantier, Pierre Sandoz, Dubuche, Mahoudeau et leurs amis, une bande do jeunes gens passionnés pour leur art et décidés à conquérir Paris. Au début, les peintres du quartier se montrent Claude en chuchotant, comme s’ils voyaient passer le chef redoutable d’une tribu de sauvages [95]. Plus tard, la bande se noie dans le flot des nouveaux venus, ou est peu à peu submergé par la banalité moulante des élèves du plein air ; et de jeunes peintres, que Claude ne connaît pas, viennent lui serrer la main [262]. Puis le temps s’écoule, les réunions cessent, l’établissement change trois lois de propriétaire, Claude et Sandoz revenus, par hasard, au seuil de ce café, dont ils disaient autrefois, en riant, qu’il était le berceau d’une révolution, ne reconnaissent plus la salle, disposée autrement ; leur table d’autrefois, au fond, à gauche, n’est plus là; de nouvelles couches de consommateurs se sont succédé, les unes recouvrant les autres, si bien que les anciennes ont disparu comme des peuples ensevelis [433]. (L’Œuvre.)

Baudu. — Mari d’Elisabeth Hauchecorne. Père de Geneviève. Oncle de Denise, Jean et Pépé Baudu. Entré comme simple commis au Vieil Elbeuf avec sept francs dans sa poche, il a fini par épouser la fille de Hauchecorne, le patron, à qui il a succédé. Dans les années de prospérité, le ménage Baudu a élevé six enfants : trois sont morts à vingt ans, le quatrième a mal tourné, le cinquième est officier, il ne reste que Geneviève. Cette famille a coûté gros et Baudu s’est achevé en achetant à Rambouillet une grande baraque de maison, une antique bâtisse où il rêve de se retirer et qu’on est forcé de réparer continuellement; ses gains passent là, il n’a eu que ce vice, dans sa probité méticuleuse, obstinée aux antiques usages. Le Vieil Elbeuf souffre de la terrible crise déterminée par les grands magasins. La boutique, pleine d’humidité, est écrasée sous un plafond bas et enfumé ; elle a un entresol aux baies de prison et une arrière-salle qui ouvre sur un fond de puits; c’est une odeur de vieux, un demi-jour, où tout l’ancien commerce, bonhomme et simple, semble pleurer d’abandon, alors que, de l’autre côté de la rue, le Bonheur des Dames donne l’impression d’une machine fonctionnant à haute pression, avec ses vitrines échauffées et comme vibrantes de la vie intérieure [18].

Baudu est un gros homme à cheveux blancs et à grande face jaune [6], un bilieux, un violent aux poings toujours serrés [25]. Toute une aigreur a grandi en lui. Les étalages du Bonheur des Dames le mettent en fureur, il a le sang aux yeux, la bouche contractée. Il s’indigne contre ces grands bazars où l’on vend de tout, où les commis, un tas de godelureaux, manœuvrent comme dans une gare, traitent les marchandises et les clients comme des paquets, lâchent le patron ou sont lâchés par lui pour un mol, sans affection, sans mœurs, sans art [26]. Moins atteint que d’autres jusqu’ici, parce que le monstre ne tient pas encore tous ses articles, il prédit avec assurance la chute des grands magasins, une débâcle qui doit rétablir la dignité du commerce compromise. Depuis longtemps, Baudu projette de marier sa fille Geneviève à son premier commis Colomban, comme lui-même a été marié à la fille de Hauchecorne ; un scrupule de probité lui fait retarder cette union jusqu’à la fin de la crise, pour ne point passer à son gendre la maison moins prospère qu’il ne l’a reçue lui-même. Dans tout le quartier, les autres spécialités croulent.

Baudu a fini par s’incliner devant les faits ; mais, s’il a perdu la foi, s’il sent même la peur l’envahir, son intelligence reste rebelle à l’évolution logique du commerce ; jamais le Vieil Elbeuf ne fera une concession. Dans l’implacable poussière des agrandissements du Bonheur des Dames, devant le chantier colossal où l’on travaille toute la nuit, Baudu sent venir la mort lente, sans secousse, par un ralentissement continu des affaires, les acheteuses perdues une aune. Pour durer davantage, il se résigne au plus cruel des sacrifices: la campagne de Rambouillet, quia coûté deux cent mille francs, est vendue soixante-dix mille francs aux Lhomme. Maintenant, le Bonheur tient tous les articles de la maison, les velours de chasse, les livrées, les flanelles ; des sacrifices sont encore nécessaires, il faut hypothéquer le vieil immeuble d’Aristide Finet. Le drapier ne comprend plus, il en arrive à envoyer violemment au magasin rival les clientes qui discutent ses prix [278]. La fin n’est plus maintenant qu’une question de jours, l’émiettement s’achève [436]. Atterré devant la défection de Colomban, achevé par la mort de sa fille et de sa femme, Baudu vit encore pendant quelque temps dans sa boutique désertée ; il marche continuellement, cédant à un besoin maladif, à de véritables crises de déambulation, comme s’il voulait bercer et endormir sa douleur [466]. Il a refusé le secours que-lui apportait sa nièce Denise au nom d’Octave Mouret, il se réfugie dans une maison de retraite. Et c’est alors le triomphe définitif du Bonheur des Dames, dont l’immense affiche jaune s’étale, comme un drapeau planté sur un empire conquis, le long des volets murés du Vieil Elbeuf [472]. (Au Bonheur des Dames. )

Baudu (Madame). — Voir HAUCHECORNE (Elisabeth).

Baudu (Capitaine). — Fils des drapiers de la rue de la Michodière. Est parti pour le Mexique, comme capitaine [11]. (Au Bonheur des Dames.)

Baudu (Denise) (l). — Nièce du drapier. Sœur de Jean et de Pépé. Tous trois vivaient à Valognes, avec leurs parents, lorsque ceux-ci sont morts, emportés par la même fièvre. Le père avait mangé jusqu’au dernier sou dans sa teinturerie. A dix-neuf ans, Denise est restée ainsi le seul soutien, la mère des deux enfants, mais son gain chez Cornaille ne suffit point à les nourrir tous trois. Au bout d’un an, Jean trouve du travail à Paris et comme Denise, dans sa terreur maternelle, ne veut pas laisser ce grand garçon venir seul à Paris, elle quitte Valognes en un coup de tête et la petite famille débarque un matin chez l’oncle Baudu. La jeune fille est chétive pour ses vingt ans; elle a un visage long à la bouche trop grande, le teint fatigué déjà; sa seule beauté est dans ses cheveux blond cendré, ils lui tombent jusqu’aux chevilles et, quand elle se coiffe, ils la gênent au point qu’elle se contente de les rouler et de les retenir en un tas, sous les fortes dents d’un peigne de corne [108]. Un sourire la transfigure ; il est comme un épanouissement du visage entier, ses yeux gris prennent une flamme tendre, ses joues se creusent d’adorables fossettes, ses pâles cheveux eux-mêmes semblent voler, dans la gaieté bonne et courageuse de tout son être. Alors, elle devient jolie [67]. Sous son aspect tranquille et doux, il y a une volonté têtue de Normande.

Rue de la Michodière, elle voit le Vieil Elbeuf enfumé et noirâtre, un trou glacial où sa cousine Geneviève s’étiole sous l’épaisse indifférence de Colomban, un commerce vieillot et rétréci où il n’y a pas de place pour .elle; en face,, resplendit le Bonheur des Dames, dont elle subit aussitôt la tentation. Dans son désir d’y pénétrer, il y a une peur vague, qui achève de la séduire; c’est une passion de la vie et de la lumière. Elle y rêve son avenir, beaucoup de travail pour élever les enfants, avec d’autres choses encore, elle ne sait quoi, de? choses lointaines dont le désir et la crainte lui font peur [33]. On l’accepte au rayon des confections. Les autres vendeuses l’accueillent avec la sourde hostilité des gens à table qui n’aiment pas se serrer pour faire place aux faims du dehors ; elle se plie à la besogne inférieure des débutantes, ravalée par madame Aurélie au rang de mannequin, traitée en paria, condamnée à de terribles fatigues qui la brisent et la jettent le soir, dans sa petite chambre malsaine, sans la force de se déchausser, ivre de fatiguent de tristesse [143]. Mais elle garde son grand courage; sous les crises de sa sensibilité, il y a une raison sans cesse agissante, toute une bravoure d’être faible, s’obstinant gaiement au devoir qu’elle s’impose. Elle fait peu de bruit, va devant elle, droit à son but, par-dessus les obstacles; et cela, simplement, naturellement, car sa nature même est dans cette douceur invincible.

Ses faibles gains suffisent à peine à la pension de Pépé et à l’entretien de Jean; celui-ci exploite son bon cœur; c’est la misère noire. Denise en est réduite à raccommoder elle-même ses souliers et à faire des lessives dans sa cuvette; elle n’en résiste pas moins aux suggestions de Pauline Cugnot, qui l’engage à prendre quelqu’un pour être aidée; ce conseil la gêne comme une pensée qui ne lui est jamais venue et dont elle ne voit pas l’avantage. D’ailleurs, elle n’obéit pas à des idées, sa raison droite et sa nature saine la maintiennent simplement dans l’honnêteté où elle vit [158]. Elle gravit toujours son calvaire, ayant de gros soucis matériels causés par Jean, s’éreintant le jour, travaillant la nuit à des nœuds de cravate, souffrant de calomnies outrageantes, subissant les immondes tentatives du père Jouve. Neuf mois de courage souriant n’ont désarmé aucune hostilité; son renvoi est salué par une joie générale dans le rayon [215], Mise sur le pavé avec vingt-cinq francs dans sa poche, elle s’est réfugiée avec Pépé dans une des chambres du père Bourras, son dénuement est complet, le pain manque, mais, là encore, sous la menace de la famine, elle résiste aux tentations, un soulèvement de son être proteste, sans indignation contre les autres, répugnant uniquement aux choses salissantes et déraisonnables, se faisant de la vie une idée de logique, de sagesse et de courage [223].

Si elle est si brave, c’est qu’elle a une tendresse au cœur. Celui qu’elle aime, c’est Octave Mouret; le regard de celui-ci dès la première rencontre au carrefour Gaillon levait emplie d’une émotion singulière, c’était un coup profond jusqu’à la peur, mais dans ce malaise, il n’y avait que l’ignorance effarée de l’amour, le trouble de ses tendresses naissantes. Bientôt, elle sentira qu’elle n’a jamais aimé que Mouret, elle l’aimait lorsqu’elle le redoutait comme un maître sans pitié, elle l’aimait lorsque son cœur éperdu, inconscient, cédant à un besoin d’affection, rêvait du commis Hutin [227]. Et elle vit maintenant chez le belliqueux Bourras, dans l’obsession du Bonheur des Dames, séparée de son ancien rayon par un simple mur, elle subit le branle de la formidable machine; puis, après un court passage chez Robineau, restée de tête avec les grands magasins où elle voit une évolution naturelle du commerce, sentant mûrir ses idées, elle rentre enfin au Bonheur des Dames ramenée cette fois par Mouret, étonnée de retrouver touile monde poli, presque respectueux.

Elle s’est affinée, la peau blanche, l’air délicat et grave, sans autre luxe que sa royale chevelure blonde; son insignifiance d’autrefois est devenue un charme d’une discrétion pénétrante [323]. Sa nature saine et sa raison droite résisteront à l’amour comme ne elles ont vaincu la misère. C’est en vain que Mouret lui prodigue les avances; elle lui oppose une force de volonté douce et inexorable, s’écrasant le cœur, non pour obéir à l’idée de vertu, mais par un instinct de bonheur, pour satisfaire son besoin d’une vie tranquille. Sa dignité semble jusqu’au bout être le calcul savant d’une femme rompue à la tactique de la passion, et comme on l’accuse en sourdine de vouloir se faire épouser, elle se révolte contre ce jugement elle veut partir. C’est alors que Mouret éperdu lui offre le mariage, Denise a voulu faire de lui un bravé homme; dans sa tête raisonneuse et avisée de Normande ont poussé toutes sortes de projets, son rêve est d’améliorer ce Bonheur des Dames où elle a longtemps lutté et souffert obscurément; elle y voit l’immense bazar idéal, le phalanstère du négoce, où chacun aura sa part exacte des bénéfices, selon ses mérites, avec la certitude du lendemain, assurée à l’aide d’un contrat [428]. Si Mouret a écrasé tant de gens, s’il a semé des ruines nécessaires, il a du moins préparé l’avenir, et elle l’aime pour la grandeur de son œuvre [469]. (Au Bonheur des Dames.)

Madame Denise Mouret a deux enfants, une fille d’abord, puis un garçon. Celui-ci tient d’elle et pousse magnifique [131]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Denise Baudu, saine et équilibrée, mariée à Octave Mouret, veuf de madame Hédouin. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart).

Baudu (Geneviève). — Fille de Baudu et d’Elisabeth Hauchecorne. En elle, la dégénérescence de sa mère s’est encore aggravée. Elle a la débilité et la décoloration d’une plante poussée à l’ombre. Pourtant, des cheveux noirs magnifiques, épais et lourds, venus comme par miracle dans cette chair pauvre, lui donnent un charme triste [10]. Encore enfant, elle a été promise au commis Colomban. Elle s’est accoutumée à l’aimer, avec la gravité de sa nature contenue, et d’une passion profonde qu’elle ignore elle-même, dans son existence plate et réglée de tous les jours; au fond de ce rez-de-chaussée du vieux Paris, sa tendresse a poussé comme une fleur de cave [16]. Geneviève a deviné la cruelle indifférence de Colomban qu’hypnotise le Bonheur des Dames ; l’amour du commis pour une vendeuse lui fend le cœur; c’est une sourde agonie où son corps de fiancée s’use dans le chagrin et dans l’attente, retournant à l’enfance grêle des premiers ans [442]. Et elle meurt épuisée, première victime du grand magasin d’Octave Mouret [445]. (Au Bonheur des Dames.)

Baudu (Jacqueline). — Voir SIVRY (Blanche de).

Baudu (Jean). — Frère de Denise et de Pépé. A travaillé à Valognes chez un ébéniste, un réparateur de meubles anciens, qui lui a appris la sculpture sur bois. Comme il avait fait une tête dans un morceau d’ivoire, un monsieur s’est intéressé à lui et lui a trouvé une place à Paris, chez un ivoirier du faubourg du Temple, où il sera logé et nourri. Quand les trois orphelins quittent Valognes, Jean a seize ans, il a la beauté d’une fille, une beauté qu’il semble avoir volée à sa sœur, la peau éclatante, les cheveux roux et frisés, les lèvres et les yeux mouillés de tendresse. Le départ a été précipité par une escapade amoureuse du jeune homme, des lettres écrites à une fillette noble de la ville, des baisers échangés par-dessus un mur [9]. A Paris, cet enfant si beau et si gai, plein d’insouciance, adoré de toutes les femmes, exploite longtemps l’exquise bonté de Denise; pour piller ses petites économies, il raconte des aventures, il invente des dangers extraordinaires. Jean se range à vingt-trois ans, aimant cette fois la nièce d’un pâtissier très riche, qui n’accepte pas même des bouquets de violettes [449]. Denise le marie et fait les frais d’installation du ménage. A cette époque, carré des épaules, dominant sa sœur de toute la tête, il garde sa beauté de femme avec sa chevelure blonde, envolée sous le coup de vent des ouvriers artistes [488]. (Au Bonheur des Dames.)

Baudu (Pépé). — Le plus jeune frère de Denise; cinq ans lorsqu’elle en a vingt. Blond, d’un blond d’enfance, il est câlin comme un petit chat, il reste muet des journées entières, vivant de caresses [13]. A Paris, on le met en pension chez madame Gras, rue des Orties, puis au collège. Quand il a douze ans, il dépasse déjà sa sœur, plus gros qu’elle, toujours silencieux et d’une douceur câline, dans sa tunique de collégien [448]. (Au Bonheur des Dames.)

Baudu (Thérèse). — Femme de Jean Baudu. Petite Parisienne d’un visage tourmenté et charmant [488]. (Au Bonheur des Dames.)

Baugé. — Un vendeur du Bon Marché. Fils cadet d’un épicier de Dunkerque, il a presque été chassé par son père et son frère qui le jugeaient trop bête. A la vérité, il est stupide mais très bon pour la vente des toiles, les femmes le trouvent gentil; il se fait trois mille cinq cents francs [169]. Amant de Pauline Cugnot, il est venu habiter rue Saint-Roch pour se rapprocher d’elle [179]. Plus tard, il l’épouse et quitte le Bon Marché pour la rejoindre dans la maison d’Octave Mouret [330]. (Au Bonheur des Dames.)

Baugé (Madame). — Voir CUGNOT (Pauline).

Bavoux. — Vendeur du rayon de mercerie, au Bonheur des Dames. Les bobinards ont un club, le Bobin’-club, chez un marchand de vins de la rue Saint-Honoré, qui leur loue une salle, le samedi; le petit Bavoux lit des vers [349]. (Au Bonheur des Dames.)

Bazouge. — Vieux croque-mort toujours pochard. Habite rue de la Goutte-d’Or, dans la maison des Lorilleux [118]. Ses gâités funèbres ont d’abord fait peur à Gervaise qui, tombée peu à peu dans le dégoût de l’existence, finira par désirer ardemment être emportée par lui [546]. Bazouge se donne le surnom de Bibi-la-Gaieté, dit le consolateur des dames [569]. (L’Assommoir.)

Beauchamp (Flore). — Un petit modèle qui habite rue de Laval, 32. Assez fraîche, mais trop maigre [55]. (L’Œuvre.)

Beaudoin. — Ami des Hamelin, qui l’ont connu à Beyrouth où il est établi. A beaucoup aimé madame Caroline, promettant de l’épouser après la mort de mari. Mais, las sans doute d’attendre, il obtient la main d’une demoiselle très jeune et immensément riche, la fille d’un consul anglais [64]. (L’Argent.)

Beaudoin. — Capitaine au 106e de ligne (colonel de Vineuil). Un bel officier, d’allure fine et correcte. Sorti de Saint-Cyr, appuyé par plusieurs salons, ayant une très jolie voix de ténor à laquelle il doit beaucoup déjà, bonapartiste convaincu, le capitaine Beaudoin est promis au plus bel avancement. D’ailleurs, il n’est pas inintelligent, bien que ne sachant rien de son métier [234]. Il n’a pas su se faire aimer de ses hommes, on le trouve trop jeune et trop dur, un pète-sec [92]. Rochas, son lieutenant, sorti du rang, ne peut le souffrir. Dans la marche vers la Meuse, le convoi s’est égaré, Beaudoin a perdu ses bagages; il ne dérage pas, les lèvres pincées, le visage pâle, bien moins indigné de ne point manger que de ne pouvoir changer de chemise [128]. Depuis les premières défaites, il a l’air absolument choqué, le désastre lui semble surtout inconvenant. II arrive dans Sedan pitoyable, l’uniforme souillé, la face et les mains noires.

Autrefois, en garnison à Charleville, il avait été le familier de la jolie Gilberte Maginot; il la retrouve mariée à Jules Delaherche, on lui fait fête, les anciens amants passent la nuit ensemble et, le lendemain, au petit jour, Beaudoin rejoint sa compagnie sur le plateau de Floing, étonnant tout le monde parla correction de sa tenue, son uniforme brossé, ses chaussures cirées, toute une coquetterie, un vague parfum de lilas de Perse [233]. Au calvaire d’Illy, très nerveux, remuant sans cesse malgré les sages conseils de Rochas, il a la jambe droite fracassée par un éclat d’obus et il culbute sur le dos, en poussant un cri aigu de femme surprise. Transporté à l’ambulance Delaherche, il subit courageusement l’amputation, mais l’hémorragie a été trop forte, il ne survivra pas. Et si, dans ses yeux, on lit alors un immense regret de la vie, une lâcheté de s’en aller ainsi, trop jeune, sans avoir épuisé la joie d’être, la pensée qu’il va manquer de correction lui rend sa bravoure et il finit par montrer un grand courage, soucieux avant tout de partir en homme de bonne compagnie [346]. (La Débâcle.)

Beau-François (Le). — Chef de la bande des chauffeurs d’Orgères, dont les terribles exploits, contés à la veillée, font encore frissonner toute la Beauce [67]. (La Terre.)

Beaurivage (Duc de). — Personnage de la Petite Duchesse, pièce de Fauchery jouée aux Variétés. Le duc trompe sa femme avec une étoile d’opérette,la blonde Géraldine. C’est le vieux Bose qui joue le rôle de Beaurivage [312]. (Nana.)

Beauvilliers (Comte Charles de). — Un débauché, qui a achevé d’anéantir l’immense fortune des Beauvilliers, assise jadis sur d’immenses domaines, dans le Vendômois. Mort d’un accident de chasse, vengeance probable d’un garde jaloux, le comte a laissé une femme et deux enfants dans la gêne. On retrouvera plus tard un engagement signé de lui, en 1854, et promettant dix mille francs à une fille Léonie Cron, qu’il a séduite [64]. (L’Argent.)

Beauvilliers (Comtesse de). — Femme du comte. Mère de Ferdinand et d’Alice. A beaucoup souffert de son mari, dont elle ne s’est jamais plainte. C’est une grande femme maigre de soixante ans, toute blanche, au grand nez droit, aux lèvres minces, au cou particulièrement long; elle a l’air d’un cygne très ancien, d’une douceur désolée [67]. Elle occupe avec sa fille, rue Saint-Lazare, une ancienne maison de plaisance, la Folie-Beauvilliers, attenante à l’hôtel d’Orviedo; c’est, avec la ferme des Aublets, près de Vendôme, la dernière épave d’une immense fortune. La ferme rapporte environ quinze mille francs de rente, mais la maison de Paris, écrasée d’hypothèques, menacée d’une mise en vente si l’on ne paie pas les intérêts, mange la plus grosse part du revenu. Aussi madame de Beauvilliers doit-elle racheter par de sordides économies le luxe extérieur auquel la condamne l’orgueil de sa condition. Soucieuse de se tenir debout à son rang, rêvant de marier sa fille à un homme d’égale noblesse et de faire de son fils un soldat, elle vit dans un douloureux et puéril héroïsme quotidien [70]. Mais un grand espoir va lui venir.

Membre de la Commission de surveillance de l’Œuvre du Travail, fondée par la princesse d’0rviedo, elle est mise au courant des merveilleuses promesses de la Banque Universelle et malgré son horreur de race pour les spéculations financières, voulant grossir une petite dot péniblement mise de côté pour Alice, elle confie quelques fonds à Aristide Saccard, puis devant la hausse continue, elle risque davantage, elle prend de nouvelles actions à chaque augmentation de capital, et, comme le financier tentateur lui fait entrevoir le gain futur du million qui serait le salut définitif pour son nom et pour les siens, comme elle s’est enthousiasmée devant les grandes pensées catholiques rattachées à l’affaire, elle vend les Aublets, elle met dans la Banque tout ce qu’elle possède. Et c’est, dans la soudaine catastrophe de Saccard, une indigence brusque; tout a été fondu, emporté du coup [382]. L’hôtel de la rue Saint-Lazare ne paiera pas les créanciers.

La comtesse se réfugie avec sa fille, dans une chambre, rue de la Tour-des-Dames, son fils est mort loin d’elle et sans gloire, ou lui ramène Alice blessée, salie par un bandit. Et madame de Beauvilliers, si noble naguère, mince, haute, toute blanche, avec son grand air suranné, n’est plus qu’une pauvre vieille femme détruite, cassée par cette dévastation [416]. L’épouvantable déroute est achevée par un immonde chantage de Busch, la résurrection du passé du comte, une gamine, Léonie Cron, séduite par lui et devenue fille publique; et, dans la terreur d’un scandale, la malheureuse femme abandonne à Busch les derniers bijoux de famille, ceux qu’elle avait gardés au travers des plus grandes gênes, comme l’unique dot de sa fille, et qui restaient à cette heure sa suprême ressource [413]. (L Argent.)

Beauvilliers (Alice de). — Fille du comte. Ressemble à sa mère, moins l’aristocratique noblesse. Chétive, le cou allongé jusqu’à la disgrâce, n’ayant plus que le charme pitoyable d’une fin de grande race, elle est, à vingt-cinq ans, si appauvrie qu’on la prendrait pour une fillette, sans le teint gâté et les traits déjà tirés du visage [67]. Avec son air d’insignifiance mélancolique, elle n’est point sotte, elle aspire ardemment à la vie, à un homme qui l’aimerait, à du bonheur, mais ne voulant pas désoler sa mère, elle feint d’avoir renoncé à tout [69]. Pour aider au train de maison réduit à un décor extérieur, elle peint des aquarelles bâclées à la douzaine et vendues en cachette [246]. Et cette vierge, qu’émacie l’attente vaine du mariage, retrouve soudain une jeunesse dans l’affolement de la Banque Universelle, elle s’anime, elle est vibrante devant le droit qui s’ouvre pour elle d’avoir un mari et des enfants, cette joie que se permet la dernière pauvresse des rues [260].

Mais un terrible lendemain anéantira son rêve. À l’heure de la débâcle financière qui va achever la ruine des Beauvilliers, on enfant naturel de Saccard, Victor, recueilli à l’Œuvre du Travail, souille la malheureuse enfant avec une brutalité immonde [406]. Et, dans les yeux de folle d’Alice, on lit la mortelle douleur de son dernier orgueil, sa virginité violentée [416]. (L’Argent.)

Beauvilliers (Ferdinand de). — Fils du comte. A d’abord causé de mortelles inquiétudes à sa mère, à la suite de quelques folies de jeunesse, des dettes qu’on a dû payer; mais, averti de la situation en un solennel entretien, il n’a pas recommencé, cœur tendre au fond, simplement oisif et nul, écarté de tout emploi, sans place possible dans la société contemporaine [69]. Il s’est engagé dans les zouaves pontificaux, à la suite de la bataille de Castelfidardo, mais manquant de santé, délicat sous son apparence fière, de sang épuisé et pauvre, il est durement éprouvé parle soleil si lourd de Rome et il meurt sans gloire, emporté par les fièvres [408]. (L’Argent.)

Becker. — Joaillier parisien. Fournit une parure de saphir pour la maîtresse du comte Muffat [363]. (Nana.)

Bécot. — Un épicier de la rue Montorgueil. Devenu veuf, s’est mis à coucher avec ses bonnes, très raisonnablement, pour éviter de courir au dehors; mais cela lui adonné le goût des femmes : il lui en a fallu d’autres, bientôt il s’est lancé dans une telle noce que l’épicerie y a passé peu à peu, les légumes secs, les bocaux, les tiroirs aux sucreries. Bécot meurt d’un coup de sang [93]. (L’Œuvre.)

Bécot (Irma). — Fille de l’épicier. A suivi jusqu’à seize ans les cours d’une école voisine. Faisait ses devoirs entre deux sacs de lentilles, et achevait son éducation de plain-pied avec la rue, vivant sur le trottoir, au milieu des bousculades, apprenant la vie dans les continuels commérages des cuisinières en cheveux, qui déshabillaient les abominations du quartier, pendant qu’on leur pesait cinq sous de gruyère. Allait encore à l’école, lorsque, un soir, en fermant la boutique, un garçon l’a jetée en travers d’un panier de figues. Orpheline six mois après, la maison mangée, elle se réfugie chez une tante pauvre qui la bat, se sauvé avec un jeune homme d’en face, revient à trois reprises, pour s’envoler définitivement un beau jour dans tous les bastringues de Montmartre et des Batignolles [93]. A dix-huit agis, c’est une de ces galopines de Paris qui gardent longtemps la maigreur du fruit vert; on dirait un chien coiffé, elle a une pluie de petits cheveux blonds sur un nez délicat, une grande bouche rieuse dans un museau rose. Ayant la passion des artistes, avec le regret qu’ils ne soient pas assez riches pour se payer des femmes à eux tout seuls, jetant sa jeunesse aux quatre coins des ateliers, elle éprouve des caprices successifs pour Fagerolles, Gagnière, beaucoup d’autres, et s’étonne de la bêtise de ce nigaud de Claude Lantier qui ne veut pas d’elle.

D’ailleurs, fine, intelligente, elle porte déjà sa fortune, dans le débraillé de sa jeunesse [135]. Un jeune crétin de marquis lui a meublé un appartement très chic [155], elle occupe ensuite un petit hôtel rue de Moscou, avec vingt mille francs de loyer. Quatre ans ont suffi pour la transformer, elle est devenue autre, la tête faite avec un art de cabotine, le front diminué par la frisure des cheveux, la face tirée en longueur, grâce à un effort de sa volonté sans doute, rousse ardente de blond pâle qu’elle était, si bien qu’une courtisane du Titien semble maintenant s’être levée du petit voyou de jadis; c’est ce qu’elle appelle sa tète pour les jobards. On fait là des déjeuners corrects, où il n’est question que du prix des terrains [232]. Et Irma finit par réaliser son rêve d’un hôtel à elle, une demeure princière, sur l’avenue de Villiers : le terrain a été acheté par un amant, puis les cinq cent mille francs de la bâtisse, les trois cent mille francs des meubles ont été fournis par d’autres, au petit bonheur, des coups de passion. C’est là qu’elle contente un jour son désir d’autrefois et qu’elle possède Claude, presque malgré lui [334]. La fortune. n’a pas modifié ses goûts ; derrière le dos des messieurs sérieux, payant en maris, elle s’offre la distraction d’aimer encore la peinture, dans la personne d’Henri Fagerolles un gamin de Paris comme elle, d’égale perversité, et dont elle vide les poches pour s’amuser [364]. (L’Œuvre.)

Bec Salé dit Boit-Sans-Soif. — Ouvrier forgeron, compagnon d’enclume de Goujet. Petit, desséché, yeux de loup, sa figure est embroussaillée d’une barbe de boue. La bouche ouverte, il exhale cette odeur d’alcool des vieux tonneaux d’eau-de-vie dont on a enlevé la bonde. Il tire des bordées avec Mes-Bottes et Bibi-la-Grillade, assurant qu’il a besoin d’eau-de-vie dans les veines au lien de sang [213]. Bec-Salé est l’amant d’une marchande de poisson, la grosse Eulalie [444]. (L’Assommoir.)

Bécu. — Garde-champêtre de Rognes. Le conseil municipal l’a logé dans la cure, à moitié détruite. Il est aussi sonneur de cloches. C’est un petit homme de cinquante ans, à tète carrée et tannée de vieux militaire, avec des moustaches et nue barbiche grises, le cou raidi, comme étranglé continuellement par des cols trop étroits [49]. Bécu a fait les campagnes d’Afrique, aux premiers temps de la conquête, et a rapporté du service des habitudes d’intempérance. Il a le vin mauvais, battailleur. Bonapartiste farouche, il adore l’empereur qu’il prétend connaître [58]. Une fraternité d’ancien guerrier ivrogne, une tendresse secrète le porte vers le braconnier Jésus-Christ, mai, il évite de le reconnaître quand il est en faction, sa plaque au bras, toujours sur le point de le prendre en flagrant délit, combattu entre son devoir et son cœur. A jeun, il tolère que Jésus-Christ culbute sa femme, mais la chose le blesse quand il est ivre [322]. Bécu, qui rêve toujours d’exterminer les Bédouins, a le crève-cœur de voir son fils se mutiler une main pour échapper au service militaire [472]. (La Terre.)

Bécu (La). — Femme du garde-champêtre. Longue, noiraude, très sale, d’une maigreur rouillée de vieille aiguille, restée assez femme cependant pour exciter les instincts amoureux de Jésus-Christ. Elle s’amuse à jeter Céline Marqueron et Flore Lengaigne l’une contre l’autre, sous le prétexte de les réconcilier [141]. La Bécu n’est pas dévote, mais elle supplie ardemment le ciel de réserver un bon numéro à son fil., et, après le tirage au sort, elle tourne sa colère contre le boit Dieu, qui ne l’a pas écoutée [460]. (La Terre.)

Bécu (Delphin). — Fils du garde-champêtre A onze ans, c’est un gaillard hâlé et solide déjà, aimant la terre. lâchant l’école pour le labour [50]. Il a une tète ronde ci inculte de petit sauvage et ne se plait qu’au grand air. A l’âge de la conscription, il s’est épaissi, les membres gourds, lit tête cuite sous le soleil, poussé, en force, ainsi qu’une planté du sol. Il a juré de n’être pas soldat et comme le malheur lui inflige un mauvais numéro, il se fait sauter l’index de la main droite, se mutilant d’un coup de hachette pour n’être pas arraché à la terre, disant que les lâches n’en feraient pas autant [463]. (La Terre.)

Bécu (Michel). — Oncle de Delphin. Est mort à Orléans [462]. (La Terre.)

Bédoré et sœur. — Bonneterie de la rue Gaillon. Les premières années du Bonheur des Dames lui ont fait perdre la moitié de sa clientèle [28]. Bédoré ne tient qu’en mangeant les rentes amassées jadis [263]. Il est travaillé de soucis qu’aggrave sa maladie d’estomac [462]. (Au Bonheur des Dames.)

Béjuin (Léon). — Député. Maire de Saint-Florent, commune située à trois lieues de Bourges, où il possède une cristallerie. Petit homme maigre, noir, de mine silencieuse. Il est le lieutenant de Kahn et appartient comme lui à la bande du ministre Rougon. Ne demande jamais rien, mais est toujours là, modeste, attendant les miettes et ramassant tout [272]. Rougon l’a fait nommer chevalier [82], puis officier de la Légion d’honneur; il lui a procuré une sinécure de six mille francs [281], mais Béjuin, aussi ingrat que le reste de la bande, lâche son protecteur quand il le sent près de sa chute, rie voulant pas, dit-il, se laisser accaparer [382], courant vers ceux qui vont disposer de nouvelles faveurs. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Béjuin (Madame). — Femme du député. Un paquet [83]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Bellombre. — Voisin du docteur Pascal, à la Souleiade. Grand et maigre vieillard de soixante-dix ans, dur et avare, à la figure longue, tailladée de rides, aux gros yeux fixes. C’est un ancien professeur de septième, aujourd’hui retraité, vivant dans sa petite maison sans autre compagnie que celle d’un jardinier, muet et sourd, plus âge que lui. La vue de l’égoïste Bellombre est un perpétuel sujet d’irritation pour Pascal [59]. (Le Docteur Pascal.)

Belloque (Le Père). — Le premier maître de Claude Lantier. Un ancien capitaine manchot, qui, depuis un quart de siècle, dans une salle du Musée, enseigne les belles hachures aux gamins de Plassans [46]. (L’Œuvre.)

Bénard (Le Ménage). — Voisins d’escalier des Lorilleux, rue de la Goutte-d’Or. Le mari et la femme s’assomment tous les jours [71]. (L’Assommoir.)

Béraud Du Châtel. — Père de Renée et de Christine. Frère de madame Aubertot. Président de chambre en 1851, il adonné sa démission lors du coup d’Etat. C’est un grand vieillard de soixante ans [77], républicain sévère et probe, dernier représentant d’une ancienne famille de la grande bourgeoisie parisienne. La faute de Renée a été un coup tragique pour cet homme de vertu si haute. Il consent au mariage qui doit effacer la honte, mais refuse tous rapports avec Aristide Saccard ; plein (l’une tristesse hautaine, il s’enferme en son hôtel patriarcal de l’île Saint-Louis. (La Curée.)

Béraud Du Châtel (Christine). — Seconde fille du président Béraud Du Châtel. Sa mère est morte en la mettant au monde. Recueillie par sa tante, madame Aubertot, et ramenée auprès de son père quand madame Aubertot est devenue veuve. Christine qui a huit ans de moins que Renée [77] est une jeune fille blonde, modeste, s’habillant simplement [22]. Elle épouse le fils d’un avoué fort riche [228]. (La Curée.)

Béraud Du Châtel (Renée) (l). — Fille aînée du président Béraud Du Châtel. Femme d’Aristide Rougon, dit Saccard. Née à Paris en 1836, elle avait huit ans lorsque sa mère est morte. Elle reste pendant onze ans pensionnaire chez les Dames de la Visitation, grandissant loin du foyer paternel, se faisant une éducation fantasque, perdant peu à peu les vertus de sa race et glissant à des désirs inavouables, à des curiosités vicieuses qui, vers l’âge de dix-neuf ans, pendant des vacances, chez sa bonne amie Adeline, la livreront sans défense à un viol brutal [78]. Elle s’éveillera pleine de mépris pour elle-même, perdue au bien et disposée, dans un amour des choses logiques hérité de son père, à aller jusqu’au bout d’une dépravation beaucoup plus cérébrale que charnelle, à satisfaire toujours un insatiable besoin de savoir et de sentir. Pour dissimuler sa faute, on l’a mariée avec Aristide Saccard et elle se trouve bientôt lancée dans le monde interlope du second Empire. Une fausse couche heureuse a supprimé l’enfant qu’on redoutait.

C’est alors une existence folle. Renée, avec ses étranges cheveux fauve paie, sa mine de garçon impertinent [4], s’étourdit en des excentricités tapageuses; elle mange vile sa fortune personnelle, est entretenue d’argent par son mari, qui la jette systématiquement aux dissipations éclatantes; elle a des amants successifs, Rozan, Simpson, Chibray, Mussy, pousse même la curiosité jusqu’aux passades d’un jour [131], devient l’une des beautés les plus en vue du règne et rencontre sa sensation la plus aiguë un soir de bal aux Tuileries, lorsque l’empereur, déjà lourd, la face dissoute, les reins flottants, s’arrête quelques secondes devant elle et, en présence de toute la cour, l’admire de son œil plombé [151].

A vingt-huit ans, ayant assouvi tous ses désirs, possédant tout et voulant autre chose, horriblement lasse, elle est en quête d’une jouissance rare, inconnue, et, par un entraînement où tout l’a poussée, elle glisse bientôt à un inceste avec le fils de son mari, le joli et frêle Maxime, pimentant cet amour criminel d’un mélange de remords bourgeois et d’extrême volupté, trouvant enfin le frisson nouveau qu’elle cherchait [209]. Mais, entre la passivité du fils et la terrible coquinerie du père, entre Maxime qui la délaisse comme une loque et Aristide qui profite cyniquement du suprême déshonneur pour édifier une fortune nouvelle, la jeune femme qui s’était crue Phèdre, sent brusquement qu’elle n’a été dans la vie des Saccard qu’un jouet misérable. La folie monte rapidement en son cerveau détraqué. Dans l’éclat flamboyant de Paris en fête, elle achève de goûter à tout, joue, essaye de boire; c’est la fin irrémédiable d’une femme et, quelques mois après, vieillie, usée, sanglotante devant ses souvenirs d’enfance, elle est emportée par une méningite aiguë [350]. (La Curée.)

(1) Renée Béraud Du Châtel, mariée en 1855 à Aristide Rougon, dit Saccard; meurt en 1864, sans enfants. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

Bergasse. — Revendeur au marché de Plassans. Fournit les vieux meubles achetés par madame Faujas [26]. (La Conquête de Plassans.)

Bergeret (Madame). — Concierge de la maison habitée par Hélène Grandjean, à Passy [360]. (Une Page d’Amour.)

Berlingot. — Cheval de l’écurie Méchain. Gagne le prix d’Ispahan [394]. (Nana.)

Berloque, dit Chicot. — Un haveur tué par un éboulement, dans la fosse du Voreux [211]. Avait trois enfants, sa femme était en couches [215]. (Germinal.)

Bernheim (Les Frères). — Propriétaires de la cristallerie de Saint-Joseph. Patrons du caissier Josserand [35]. (Pot-Bouille.)

Berthier (Les). — Famille amie des Deberle. Madame Berthier, blonde délicate, joue la comédie de salon, rôles pleurnicheurs [279]. Deux filles. Blanche et Sophie, et un petit garçon. (Une Page d’Amour.)

Berthier. — L’un des fondés de pouvoirs de l’agent de change Mazaud [84]. (L’Argent.)

Berthou. — Le célèbre peintre de Néron au Cirque. A un atelier que Claude Lantier a fréquenté pendant six mois et où il s’est livré à d’imbéciles tâtonnements, à des exercices niais, sous la férule d’un bonhomme dont la caboche différait de la sienne. A vingt reprises, le maître a répété à Claude qu’il ne ferait jamais rien [46]. (L’Œuvre.)

Bertrand. — Le chien de Sandoz. Un chien énorme qui aboie furieusement à chaque visite et qui, s’il reconnaît un ami de son maître, s’en va, la queue haute, en sonnant une fanfare d’allégresse [248]. (L’Œuvre.)

Besnus (Clarisse). — A été ramenée, comme bonne, de Saint-Aubin-sur-Mer par une dame dont le mari l’a lancée. Est maintenant une petite femme des Variétés. Joue le rôle d’Iris dans la Blonde Vénus et Géraldine dans la Petite Duchesse. Maîtresse d’Hector de La Faloise, elle ne se fâche pas de voir Gaga le lui prendre, car du moment où deux femmes se trouvent ensemble avec leurs amants, rien ne lui semble plus naturel qu’elle se les fassent [l 24]. (Nana.)

Bessière. — Chef de station à Barentin. A vu les Roubaud dans l’express du Havre, le soir de l’assassinat du président Grandmorin. Son témoignage confirme leur alibi [107]. (La Bête humaine.)

Beulin d’Orchères. — Frère de Véronique. Beau-frère d’Eugène Rougon. Il a une mâchoire de dogue et une forêt de cheveux crépus où pas un fil blanc ne se montre, malgré ses cinquante ans. D’abord substitut à Montbrison, puis procureur du roi à Orléans, avocat général à Rouen, membre d’une commission mixte en 1852, conseiller à la cour, d’appel de Paris, président de celte cour [123], il intrigue pour le retour de Rougon au pouvoir et devient, grâce à lui, premier président. Mais son beau-frère ne mettant aucune hâte à le pousser à la dignité de garde des sceaux [274], il se retourne contre lui et participe à sa chute pour entrer, comme ministre de la justice, dans la combinaison Delestang [439]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Beulin d’Orchères (Veronique) (1). -Femme maigre, à figure jaune, habitant avec son frère, le président Beulin d’Orchères, un hôtel de la rue Garancière, qu’elle lie quitte guère que pour assister aux messes basses de Saint-Sulpice [119]. A trente-six ans, elle épouse Eugène Rougon. Cette grande femme laide, à face grise et reposée de dévote, sait rendre grave la maison de la rue Marbeuf, qui, grâce à elle, sent maintenant la vie honnête [154]. L’unique souci de madame Eugène Rougon est d’administrer en intendant fidèle la fortune dont elle se trouve chargée. (Son Excellence Eugène Rougon.)

(1) Véronique Beulin d’Orchières, mariée en 1857 à Eugène Rougon; (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

Bibi-la-Grillade. — Ouvrier fainéant, toujours en bombe avec Mes-Bottes [44]. Il a été témoin de Coupeau à son mariage [80]. Bibi-la-Grillide trouve que le Prince-Président ressemble à un roussin [108]. (L’Assommoir.)

Bijard. — Ouvrier serrurier, alcoolique dangereux, qui tue sa femme de coups lorsqu’il a bu. Face d’ivrogne avec une barbe sale, un front chauve tache de grandes plaques rouges, et des yeux où l’alcool allume une flamme de meurtre. Les rares jours où il travaille, Bijard pose un litre d’eau-de-vie près de son étau, buvant au goulot toutes les demi-heures, ne se soutenant pins autrement [245]. Sa femme morte, il assomme de coups la petite Lalie et raffine la cruauté, trouvant dans sa cervelle de brute des idées extraordinaires de férocité. (L’Assommoir.)

Bijard (Madame). — Maîtresse laveuse. Emploie trois ouvrières au lavoir de la Goutte-d’Or [117]. Le ménage habite la maison des Lorilleux Madame Bijard est une grande femme osseuse, mariée à un alcoolique dont elle subit courageusement les violences meurtrières. Elle finit par mourir d’un coup de pied dans le ventre [323]. (L’Assommoir.)

Bijard (Eulalie). — Fille, aînée des Bijard A deux ans, la petite Lalie a déjà de la raison comme une femme; on peut la laisser seule, elle lie pleure pas, elle lie jolie jamais avec les allumettes [1831. A quatre ans, elle a un large regard noir, d’une fixité pleine de pensées, devant les brutalités paternelles, et elle tient dans ses bras, sans une larme, comme pour la protéger, a petite sœur Henriette A huit ans, quand sa mère morte sous les coups, elle dirige le ménage comme une grande personne, Henriette et le petit Jules sont devenus ses enfants, et c’est son tour d’être la victime de l’alcoolique Bijard. Cette innocente martyrisée se retient de crier pour lie pas révolutionner la maison, elle défend son père, assurant qu’il n’aurait pas été méchant s’il n’avait pas bu, pardonnant parce qu’on doit pardonner aux fous [425]. Elle meurt sous les mauvais traitements et la fatigue, restant jusqu’à son dernier râle la petite maman de tout son monde [518]. (L’Assommoir.)

Bijard (Henriette). Seconde fille des Bijard. Elle a cinq ans à la mort de sa mère [423]. (L’Assommoir.)

Bijard (Jules). — Troisième enfant des Bijard. Quand sa mère meurt, il a trois ans. (L’Assommoir.)

Bijou. — Griffon écossais, le petit chien de Nana. Il la réveille en lui léchant la figure; c’est alors un joujou de cinq minutes, des courses du chien à travers les bras et les cuisses de sa maîtresse. Bijou excite la jalousie du comte Muffat [355]. (Nana.)

Billecoq (Mademoiselle Hermine). — Protégée de madame Courreur. Fille grande, et mince, la figure fade, toute salie de taches de rousseur [306]. Ancienne élève de Saint-Denis, elle a été séduite par un officier qui consentirait à l’épouser, si quelque âme honnête voulait bien avancer la dot réglementaire [58]. Le ministre Eugène Rougon, sollicité par madame Correur, parle à des daines qui fournissent les fonds [280]. mais l’officier se dérobe ; il file après avoir croqué la dot [382]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Blachet. — Député. Sollicite un congé [4]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Blaisot. — Banquier à Paris. S’est fait sauter la cervelle [134]. (L’Argent.)

Manchette. — Vache des Mouche [114]. Comme elle est devenue trop grasse et qu’elle ne vêle plus, on la vend [162]. (La Terre.)

Blériot (de). — Préfet des Bouches-du-Rhône en 1851. Dirige la terrible répression des troubles qui suivent le coup d’État. Dispersant les bandes insurrectionnelles, il passe par la ville de Plassans le lendemain du guet-apens organisé par Pierre Rougon; il promet à celui-ci de faire connaître au gouvernement sa belle et courageuse conduite [357]. (La Fortune des Rougon.)

Bronze. — Corderie à Montsou, ruinée par la grève des mineurs [425]. (Germinal.)

Blond (Marla). — Une fillette de quinze ans, d’une maigreur et d’un vice de gamin, poussée sur le pavé parisien [111]. Vient de débuter aux Folies-Dramatiques [87]. Fréquente la table d’hôte de Laure Piédefer [281]. (Nana.)

Boche. — Concierge rue des Poissonniers, puis rue de la Goutte-d’Or, dans l’immeuble habité par les Coupeau et les Lorilleux. Exerce la profession de tailleur. Témoin de Gervaise à son mariage [80]. Très plat devant le propriétaire, il se donne, derrière lui, comme le maître de la maison [163]. Boche, de tempérament polisson et sournois, est très gai en société; il a la spécialité des chansons comiques [281] et court un peu dans le quartier, subtilisant parfois des pièces de dix francs à sa femme pour payer des lapins aux dames aimables [417]. (L’Assommoir.)

Boche (Madame). — Femme de Boche. Grosse face, avec des yeux à fleur de tête. C’est une commère très bavarde, dont la loge est le rendez-vous de tous les potins du quartier. Elle aime les locataires qui ont des attentions pour elle ; quand Gervaise la comble de gentillesses, elle est avec elle contre les Lorilleux et se met avec les Lorilleux lorsque Gervaise coupe court aux cadeaux [198]. (L’Assommoir.)

Nana annonce à Satin que la mère Boche est morte [364]. (Nana.)

Boche (Pauline). — Fille des concierges. Rousse. Le même âge qu’Anna Coupeau, dont elle est l’amie. Toutes deux font leur première communion en même temps; elles courent avec les galopins du quartier. Pauline devient apprentie repasseuse [412]. (L’Assommoir.)

Bocquet (Madame). — Mère de Clarisse. Devenue veuve, a été recueillie par celle-ci, avec toute la famille, une bande de camelots, deux sœurs, un grand voyou de frère, jusqu’à une tante infirme, de ces têtes qui vendent des polichinelles sur les trottoirs [393]. (Pot-Bouille.)

Bocquet (Clarisse). — Maîtresse de Duveyrier. C’est une sorte de gamin noir et maigre, avec une tête ébouriffée de caniche. Son père est un petit marchand de jouets devenu camelot et qui exploite les fêtes avec sa femme et toute une bande d’enfants malpropres. Clarisse a gardé le bagout parisien, un esprit de surface et d’emprunt, une gale de drôlerie attrapée en se frottant aux hommes. Pour ne pas afficher Duveyrier, elle habite un quartier lointain, rue de la Cerisaie, mais elle mène son amant bon train et s’est fait acheter pour vingt-cinq mille francs de meubles. Malgré un instinct de bourgeoise ayant la passion du comme il faut, Clarisse se donne à tous les amis de Duveyrier reçus dans son salon; c’est une habitude ancienne, le besoin de se refaire un peu derrière les talons de l’homme qui paye [170]. Et celui-ci ne voit rien jusqu’au jour où il trouve l’appartement vide, Clarisse envolée, ayant tout emporté, même les planches du cabinet de toilette; une répulsion l’a prise pour l’entreteneur au sang âcre, dont la figure est pleine de boutons, et elle s’est mise avec un amant sain et solide, le sculpteur Payan, qui bientôt l’abandonne sans un sou. Retrouvée par Duveyrier, elle se laisse installer richement rue d’Assas et c’est alors une nouvelle Clarisse, devenue assommante, engraissant, tournant à la petite mère, avec des goûts bourgeois grandis jusqu’à l’idée fixe. Elle fait au conseiller un intérieur morne, d’où sont exclus tous les anciens compagnons de fête, elle lui impose le contact de toute la famille Bocquet et, comme il a la musique en horreur, elle se met à étudier le piano, rêve inavoué de toute sa vie [398]. Les passades de cette fille avec le professeur Théodore sont subies en silence par Duveyrier qui, à peu près ruiné, se fait chasser finalement par sa maîtresse, au profit d’un vieux très riche. (Pot-Bouille.)

Bodin. — Vieux médecin de quartier, habite rue Vineuse, à Passy [15]. Il soigne habituellement Jeanne Grandjean, sans comprendre grand’chose à sa maladie. (Une Page d’Amour.)

Bohain (Marquis de). — Membre du conseil d’administration de la Banque Universelle. C’est un beau vieillard de soixante ans, à la tête très petite posée sur un corps de colosse, à la face blême, encadrée d’une perruque brune, du plus grand air. Habite les anciennes dépendances d’un grand hôtel, rue de Babylone. Installation luxueuse, ayant une belle allure d’aristocratie coquette. On ne voit jamais la marquise et pourtant, tout est à elle; il loge là en garni, n’ayant à lui que ses effets, séparé de biens depuis qu’il vit du jeu. Dans les catastrophes, il refuse de payer, on passe l’éponge, car il a un nom illustre, il est extrêmement décoratif dans les grandes Sociétés financières [105] et c’est à ce titre qu’il appartient au syndicat, Daigremont. Compromis à fond dans une histoire de pots-de-vin frisant l’escroquerie, sauvé par Aristide Saccard, il est devenu son humble créature, sans cesser de porter haut la tète, fleur de noblesse, le plus bel ornement du conseil [272]. Dès le premier craquement de l’Universelle, le marquis de Bohain passe sans scrupule à l’armée triomphante des baissiers [367]. (L’Argent.)

Boncœur. — Nom de l’hôtel tenu par Marsouillier, boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière. C’est nue masure de deux étages, peinte en rouge lie de vin .jusqu’au second, avec des persiennes pourries par la pluie [3]. (L’Assommoir.)

Bongrand. — Un grand peintre, l’auteur de la Noce au Village. C’est un gros homme de quarante-cinq ans, à la face tourmentée, sous de longs cheveux gris. Il vient d’entrer à l’Institut et porte à la boutonnière de soit veston la rosette d’officier de la Légion d’honneur. Petit-fils d’un fermier beauceron, fils d’un père bourgeois, le sang paysan, affiné par une mère très artiste, il est riche, n’a pas besoin de vendre et garde des goûts et des opinions de bohème; ses meilleures escapades sont de tomber le jeudi chez Sandoz, pour fumer une pipe, au milieu de ces débutants, dont la flamme le réchauffe. Depuis que soit œuvre la plus célèbre est au Luxembourg, ce tableau tourne pour lui au cauchemar; c’est jusqu’ici son chef-d’œuvre, il a exercé une action parallèle à celle de Courbet, toute la jeune école se réclame de son art, et pourtant Bongrand souffre dans sa chair de travailleur. C’est qu’il ne ressemble guère au sculpteur Chambouvard, l’éternel satisfait qui vit dans un orgueil de dieu. Aux débutants qui croient que la suprême joie est d’être salué comme lui du nom de maître, il répond que sa vie est une vraie torture, que lorsqu’on est en haut ce sont des efforts sans cesse renaissants, dans la crainte de dégringoler trop vite [106], que cette sacrée peinture est un métier du tonnerre de Dieu [109] et que lui, Bongrand, a beau être un malin, à chaque œuvre nouvelle, c’est une grosse émotion le cœur qui bat une angoisse qui sèche la bouche enfin un trac abominable [237].

Dans le vaste atelier qu’il occupe depuis vingt ans, boulevard de Clichy, il n’a point sacrifié au goût du jour, à cette magnificence de tentures et de bibelots dont s’entourent les jeunes peintres; c’est l’ancien atelier nu et gris, où il garde, de sa jeunesse romantique, l’habitude d’un costume de travail spécial, la culotte flottante, la robe nouée d’une cordelière, le sommet du crâne coiffé d’une calotte ecclésiastique. Une énorme hilarité le secoue devant la presse d’informations, ions, qui fait retentir toutes les trompettes de la publicité en l’honneur du premier godelureau sachant camper un bonhomme [241]. Mais dans sa raillerie, il y a toute une souffrance cachée, la peur sourde d’une lente déchéance. Depuis la Noce au Village, il n’a rien fait qui vaille ce tableau fameux; après s’être maintenu dans quelques toiles, il a glissé à une facture plus savante et plus sèche, l’éclat s’en va. A soixante ans, la haine qu’il nourrit contre le chef-d’œuvre qui a écrasé sa vie le pousse à choisir le sujet contraire et symétrique : l’Enterrement au Village, et son tableau est un insuccès morne, une de ces chutes sourdes de vieil homme qui n’arrêtent même pas les passants [388]. Et dans l’amertume de la vogue immédiate, venue, sans effort à ce galopin de Fagerolles, indigne de nettoyer sa palette, Bongrand, qui, lui, a lutté dix ans avant d’être connu, qui toute sa vie a cherché et souffert, acquiert brusquement la certitude aiguë de sa fin [388]. (L’Œuvre.)

Bonhomme. -Le cheval qui, pendant un quart de siècle, a mené le docteur Pascal à ses visites. Dans les derniers mois, le vieux Bonhomme devient aveugle et, par reconnaissance pour ses services, par tendresse pour sa personne, on ne le dérange plus guère [48]. En lui, Pascal aime l’animalité entière, tout ce qui traîne et tout ce qui se lamente au-dessous de l’homme [133]. Bonhomme, complètement aveugle, les jambes paralysées, meurt un matin sur sa litière et, son maître le baise une dernière fois sur les naseaux [320]. (Le Docteur Pascal.)

Bonnaud. — Ancien chef de la comptabilité au chemin de fer du Nord. A marié sa fille et a -éprouvé une telle joie de la caser qu’il s’est contenté de renseignements en l’air, malgré sa rigide prudence de chef comptable méticuleux. Quelque temps après, il découvre que son gendre, un homme très bien, est un ancien clown qui a vécu pendant dix ans aux crochets d’une écuyère [61]. (Pot-Bouille).

Bonnehon (Madame). — Sœur du président Grandmorin. Mariée à un industriel qui lui a apporté une grosse fortune, déjà fort riche par elle-même, elle est devenue veuve à l’âge de trente ans. Dans le château de Doinville qui lui appartient, elle a mené une existence aimable, toute pleine de coups de cœur, mais si correcte et si franche d’apparence, qu’elle est restée l’arbitre de la société rouennaise. On l’adore à Doinville, elle a fait du château un lieu de délices [14]. Par occasion et par goût, elle a aimé dans la magistrature. Grande, forte, avec de magnifiques cheveux blonds, belle encore, malgré ses cinquante-cinq ans, d’une beauté opulente de déesse vieillie, elle n’est pas encore calmée. On lui prête une tendresse maternelle pour le jeune substitut Chaumette, il lui reste toujours un vieil ami, le conseiller Desbazeilles, et elle conserve sa royauté, par sa bonne grâce, malgré la vieillesse menaçante. Pourtant, il vient de lui naître une rivale beaucoup plus jeune, dans la personne de madame Leboucq, et cela lui donne une pointe de mélancolie [114]. Madame Bonnehon a une excellente opinion des Roubaud et la rapacité de sa nièce Berthe Grandmorin lui semble fort blâmable : comme elle a toujours été très riche, elle se montre d’un désintéressement absolu, affectant de mettre l’unique raison de vivre dans la beauté et dans l’amour [116]. Pour l’honneur de la famille, elle souhaite qu’on fasse le moins de bruit possible autour de l’assassinat du président [400]. (La Bête humaine.)

Bonnemort. — De son vrai nom Vincent Maheu. Petit-fils de Guillaume, fils de Nicolas, père de Toussaint. Il a aujourd’hui cinquante-huit ans et n’en avait pas huit lorsqu’il est descendu dans la mine. Il a été d’abord galibot, puis hercheur quand il a eu la force de rouler, puis haveur jusqu’à dix-huit ans ; ensuite, à cause de ses jambes, on l’a mis de la coupe à terre, remblayeur, raccommodeur, jusqu’au moment où l’on a dû le sortir du fond, parce que le médecin a dit qu’il allait y rester. Alors, après quarante-cinq années de mine, on a fait de lui un charretier, il travaille de nuit depuis cinq ans à la fosse du Voreux et gagne quarante sous ; encore deux ans, et il pourra prétendre à une pension de cent quatre-vingts francs. C’est Guillaume, son grand-père, qui a découvert à Réquillart une mine de charbon gras; son père, deux de ses oncles, trois de ses frères, plus tard, y ont laissé leur peau; son fils Toussaint y crève maintenant, et ses petits-fils, et tout son monde. Cent six ans d’abatage dans la famille, les mioches après les vieux, pour le même patron. Lui, on l’a retiré trois fois de la mine en morceaux, une fois avec tout le poil roussi une autre avec de la terre jusque dans le gésier, la troisième avec le ventre gonflé d’eau comme une grenouille ; alors comme il tic voulait pas crever, on l’a appelé Bonnemort, pour rire [8].

Vêtu d’un tricot de laine violette, coiffé d’une casquette et poil de lapin, il est petit, il a une grosse tète, aux cheveu blancs et rares, un cou énorme, les mollets et les talons et dehors, avec de longs bras dont les mains carrées tombent ses genoux; sa face plate, d’une pâleur livide, maculée de taches bleuâtres, semble tatouée de houille, et, comme il es atteint d’une bronchite noire, il a l’air de cracher une boue de charbon, le charbon de la mine qui lui est resté dans la carcasse [9]. Bonnement n’a plus qu’un ami, un vieux de son temps, le père Mouque: les deux anciens passent tous les jours une demi-heure ensemble, ils ne parlent guère, échangent à peine dix paroles, tuais cela les égaye d’être ainsi, de songer à de vieilles choses, qu’ils remâchent en commun, sans avoir besoin d’en causer [141.]

Les rhumatismes de Bonnement se changent peu à peu en hydropisie, il devient impotent, il revoit sa jeunesse, les anciennes grèves où l’on se réunissait dans la forêt de Vandame et qui aboutissaient toujours aux mêmes défaites, quand les soldats du roi arrivaient avec leurs fusils; il ne croit pas que le sort des mineurs puisse être jamais amélioré, ça n’a jamais bien marché, ça ne marchera jamais bien [323]. Après avoir vécu en brave homme, en brute obéissante, contraire aux idées nouvelles, il n’a une inconsciente révolte que le jour de l’émeute de Montsou ; ivre de faim, sorti brusquement de sa longue résignation d’un demi-siècle, ce vieil infirme qui, jadis, a sauvé de la mort une douzaine de camarades, risquant ses os dans le grisou et dans les éboulements, cède à une subite poussée de rancune et tente obscurément d’étrangler Cécile Grégoire [408]. Un peu plus tard, an Voreux, le jour de la tuerie, il voit les siens massacrés par la troupe; devant ce spectacle tragique il croule, sa canne en morceaux, abattu comme un vieil arbre foudroyé [495] et, dès lors, le père Bonnement a quelque chose de cassé dans la cervelle ; il vit cloué sur une chaise, devant la cheminée froide, il regarde les gens d’un air imbécile, ses yeux larges et fixes ne clignent plus, et c’est eux qui, un jour, au souvenir des terribles scènes de Montsou, fascinent Cécile et la jettent, tremblante, sous les ‘gros doigts du vieillard, brusquement acharnés au meurtre [553]. (Germinal.)

Bonnet. — Voir MAREUIL (de).

Bordenave. — Directeur des Variétés. Homme épais, à large face rasée. Riant, crachant, se tapant sur les cuisses, cynique, ayant, un esprit de gendarme, il traite les actrices en garde-chiourme. Quand une de ses petites femmes l’ennuie, il lui allonge un coup de pied dans le derrière [6]. Cerveau toujours fumant de quelque réclame, c’est lui qui lance Nana dans la Blonde Vénus, sorte de carnaval des dieux où l’Olympe est traîné dans la boue, où toute une religion, toute une poésie sont bafouées [24]. Nana chante comme une seringue, elle joue comme un paquet, mais un rut monte d’elle, ainsi que d’une bête en folie [33]; c’est quelque chose qui remplace tout, aux yeux de Bordenave. Celui-ci aime les situations franches ; quand on lui parle de son théâtre, il répond : Dites mon bordel ! [4] C’est avec la plus parfaite assurance qu’il fait à S. A. R. le prince d’Ecosse les honneurs des coulisses et des loges d’actrices ; il trouve même que le prince est un peu mufe [179]. (Nana.)

Borgne-de-Jouy (Le). Affilié à la bande des chauffeurs d’Orgères, commandé par le Beau François. A vendu ses complices [68]. (La Terre.)

Bosc. — Un vieil auteur des Variétés. Joue fin rôle de Jupiter imbécile dans la Blonde Vénus et le duc de Beaurivage dans la Petite Duchesse. Il a un air bonhomme, avec sa face ravagée et bleuie d’alcoolique [159]. D’ordinaire, Bosc traite les femmes de chameaux. L’idée qu’un homme peut s’embarrasser d’une de ces sales bêtes soulève chez lui la seule indignation dont il soit capable, dans le dédain d’ivrogne dont il enveloppe le monde [263]. (Nana.)

Bouchard. — Chef de bureau au ministère de l’intérieur. Soixante ans. Tête toute blanche, œil éteint, face comme usée par ses longues années de services administratifs [16]. Il a le premier accueilli Eugène Rougon quand celui-ci est arrivé à Paris ; aussi fait-il partie de la bande du grand homme, le poussant et se faisant pousser par lui, mais toujours prêt à déserter si les faveurs se font attendre. A cinquante-quatre ans, il a épousé Adèle Desvignes, voulant une jeune fille de province, parce qu’il tient à l’honnêteté. Rougon, qui a été soif témoin [51], le fait nommer officier de la Légion d’honneur, puis chef de division [270]. Bouchard est le cousin du colonel Jobelin. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Bouchard (Madame). — Voir DESVIGNES (Adèle).

Bouland (Madame). — Sage-femme à Verchemont, près de Bonneville. Grande, réputation d’énergie et d’habileté [376]. Petite femme brune, maigre, jaune comme un citron, avec un grand nez dominateur. Parle fort, a des allures despotiques qui la font vénérer des paysans [382]. Chargée de l’accouchement de Louise Chanteau, elle réclame l’aide d’un médecin, l’enfant se présentant mal, puis elle coopère activement à la délivrance. (La Joie de vivre.)

Boum. — Cheval de l’écurie Gasc. Court dans le Grand Prix de Paris [388]. (Nana.)

Bourdelais. — Sous-chef de bureau au ministère des finances [72]. (Au Bonheur des Daines.)

Bourdelais (Madame). — Une amie de pension de madame Desforges. C’est une petite Mondé de trente airs, le nez fin, les veux vifs. De vieille famille bourgeoise, elle mène son ménage et ses trois enfants avec une activité, une bonne grâce, un flair, exquis de la vie pratique [72].. Les grands magasins ne la ruinent pas; elle va droit aux occasions, avec une telle adresse bonne ménagère qu’elle y réalise de fortes économies [95]. (Au Bonheur des Dames.)

Bourdelais (Les Enfants). — Ils sont trois, Madeleine (dix ans), Edmond (huit ans), Lucien (quatre airs). Avec soir esprit de jolie femme pratique, madame Bourdelais les mène aux expositions des grands magasins, leur offrant ainsi un spectacle à bon compte[295]. Mais, forte pour elle-même, elle cède aux convoitises de ses enfants et se laisse entraîner par eux à des débauches d’achats, dont elle se console en conduisant sa petite, famille au buffet et en la gorgeant gratuitement de sirop [316]. (Au Bonheur des Dames.)

Bourdieu (de). — Ancien préfet de la Drôme, mis à pied par la révolution de 1848. Habite Plassans, fréquente chez les Rastoil et fait de l’opposition orléaniste. C’est un grand vieillard maigre, à redingote boutonnée et chapeau plat de doctrinaire [76]. Il se pousse vers la députation, prêt à se rallier à l’empire pour redevenir préfet [3’2G]. (La Conquête de Plassans.)

Bourdoncle. — Un des intéressés du Bonheur des Dames. Jeune homme grand et maigre, aux lèvres minces, au nez pointu, très correct d’ailleurs, avec ses cheveux lisses, où des mèches grises se montrent déjà. C’est le fils d’un fermier pauvre des environs de Limoges. Il a débuté jadis au Bonheur en même temps qu’Octave Mouret. Très intelligent, très actif, il semblait devoir supplanter aisément son camarade, moins sérieux, mais il n’apportait pas le coup de génie de ce Provençal passionné. Par un instinct d’homme sage, il s’est incliné devant lui, obéissant, et cela, sans lutte, dès le commencement. Un des premiers, il a suivi le conseil de Mouret en mettant de l’argent dans la maison, et peu à peu il est devenu un des lieutenants du patron, le plus cher et le plus écouté ; parmi les intéressés, c’est lui qui est chargé de la surveillance générale [38]. Mouret, qui tient à sa réputation d’homme aimable, lui confie volontiers les exécutions ; au temps de la morte-saison, Bourdoncle est célèbre par ses « passez à la caisse », qui tombent comme un coup de hache et déciment les rayons [185].

Très différent du maître, il fait profession de haïr les femmes, ayant au dehors des rencontres dont il ne parle pas, tant elles tiennent peu de place dans sa vie, et se contentant au magasin d’exploiter les clientes, avec un grand mépris pour leur frivolité à se ruiner en chiffons imbéciles. Net, logique, sans passion, sans chute possible, il ne comprend pas le côté fille du succès, Paris se donnant dans un baiser, au plus hardi [40]. Les femmes se vengeront en la personne du Denise Baudu, qu’il a toujours persécutée et qui saura triompher par la seule vertu de sa douceur et de sa grâce, inspirant ainsi à l’impitoyable Bourdoncle la terreur sacrée de la femme [425]. (Au Bonheur des Dames.)

Bourgain-Desfeuilles (Général). — Pendant la guerre do 1870, il est à la tète d’une brigade d’infanterie (7e corps, commandé par Félix Douay). Le 106e; de ligne, colonel de Vineuil, appartient à cette brigade. Très braillard, le général roule son gros corps sur ses courtes jambes, il a un teint fleuri de bon vivant que son peu de cervelle ne gêne; point [5]. Dans cette campagne, il sera comme tant d’autres chefs plus bêtes que méchants, ne sachant rien, ne prévoyant rien, n’ayant ni plan, ni idées, ni hasards heureux [110]. D’ailleurs, nul souci de la discipline : pour ne pas avoir à sévir, il ferme les yeux devant le pillage d’une ferme [90].

Soucieux de confort, quand le général prévoit une étape dure, il prend la précaution de déjeuner copieusement, en maugréant de la bousculade [27] ; maussade dans les journées de fatigue, faisant alors aux gens un accueil furieux [139], il retrouve sa bonne humeur dès qu’il peut s’installer commodément ; son premier soin, en arrivant à Sedan avec sa brigade exténuée, est de se fourrer entre de fins draps blancs, à l’hôtel de la Croix d’Or [180]. Pendant la marche vers la Meuse, le 24 août, il a parlé librement, en toute insouciance, devant un espion déguisé en valet de ferme, Goliath Steinberg; il l’a interrogé sur les routes à suivre, montrant une grande sérénité d’ignorance, croyant que la Meuse passe à Buzancy [104]. Cinq jours après, il n’accorde aucune foi aux renseignements du franc-tireur Sambuc, qui lui prédit la surprise de Beaumont; impossible à son avis que l’armée ait si près d’elle soixante mille ennemis, car on le saurait [140]. Plus tard, pour désigner la rivière qui traverse Sedan, comme il ignore si c’est la Meuse ou la Moselle, il dira : l’eau qui est là [237].

Mais tout soldat de cour qu’il soit, uniquement occupé de lui-même et n’ayant vu dans la guerre qu’un moyen rapide de passer général de division [247], il n’en trotte pas moins insouciamment, pendant la bataille, au milieu des projectiles. Entêté dans sa routine d’Afrique, n’ayant profité d’aucune leçon, il attend les Prussiens au corps à corps, alors qu’ils écrasent ses régiments à coups de canon [245]. Puis, pendant la déroute qui refoule l’infanterie dans Sedan, sa grosse figure colorée de bon vivant exprime l’exaspération où le jette le désastre qu’il regarde comme une malchance personnelle ; il court vers les débris de sa brigade, très capable de se faire tuer, dans sa colère contre ces batteries prussiennes qui balayent l’Empire et sa fortune d’officier aimé des Tuileries; par horreur pour la captivité, il voudrait avec cinquante bons bougres percer les lignes ennemies et filer en Belgique. Seulement puisqu’il ignore le chemin et que c’est trop tard, il va se coucher [363]; et après la capitulation, seul de tous les généraux, il prétexte de ses rhumatismes pour profiter de la clause qui fait les officiers libres, à la condition de s’engager par écrit à ne plus servir [433]. (La Débâcle.)

Bourguignon. — Entrepreneur de plomberie, chez qui Coupeau a trouvé du travail [330]. (L’Assommoir.)

Bouroche. — Médecin-major au 106e de ligne (colonel de Vineuil). Gros homme à la tête puissante, au mufle de lion [112]. A Reims, le 22 août, rencontrant l’empereur entouré d’une brillante escorte, il a vu à fond, de son coup d’œil de praticien, celte face très pâle et déjà tirée, ces yeux vacillants, comme troublés et pleins d’eau, et d’un mot il à arrêté son diagnostic : Foutu [72]. rendant la bataille de Sedan, il installe son ambulance dans la fabrique Delaherche, qui s’encombre bientôt de blessés ; c’est un déchargement affreux de pauvres gens, les uns d’une pâleur verdâtre, les autres violacés de congestion [326]. Les opérations se succèdent, les minces couteaux d’acier luisent, les scies ont à peine un petit bruit de râpe, le sang coule par jets brusques, c’est un va-et-vient rapine d’amputés [327]. Derrière un massif de cytises, on a établi le charnier où sont jetés les morts, raidis dans le dernier râle ; et près des cadavres, pêle-mêle, des jambes et des bras coupés s’entassent aussi, tout ce qu’on rogne, tout ce qu’on abat sur les tables d’opération [336].

Plein de hâte et d’énergie, les durs cheveux hérissés sur sa tête énorme, le major souffle de lassitude; c’est un solide, il a une peau dure et un cœur ferme, pourtant il éprouve une immense désolation, il est paralysé par l’ « à quoi bon », par le sentiment qu’il ne fera jamais tout [340], par son impuissance à sauver tous les pauvres diables en bouillie qu’on lui amène [347]. La pratique et l’impérieuse discipline le remettent d’aplomb, il opère toujours, sans même endormir les patients, maintenant qu’il n’a plus de chloroforme [397].

Pendant 1’insurrection de Paris, on le retrouve à l’armée de Versailles, il consent à soigner un de ses anciens soldats, Maurice Levasseur, mortellement blessé dans les rangs de la Commune [623]. {La Débâcle.)

Bourras. — Boutiquier de la rue du la Michodière. Grand vieillard à tête de prophète, chevelu et barbu, avec des yeux perçants sous de gros sourcils embroussaillés. Tient un commerce de cannes et de parapluies, fait les raccommodages, sculpte les manches, ce qui lui a conquis une célébrité dans le quartier. La maison est une masure prise entre le Bonheur des Dames et l’hôtel Duvillard; il l’occupe depuis 1845, avec un loyer annuel de dix-huit cents francs, dont mille sont rattrapés par la location de quatre chambres garnies. Le Bonheur lui a porté un coup terrible, en créant un rayon de parapluies et d’ombrelles; la clientèle diminue et, alors qu’il passe des après-midi solitaires, sa boutique est secouée par la trépidation de la foule qui s’écrase de l’autre côté du mur ; de plus, Bourras souffre dans son orgueil d’artiste, devant l’avilissement du métier, les manches fabriques à la grosse, l’abandon de l’art. Et comme te Bonheur des Dames veut le supprimer pour s’agrandir, il n’hésite pas à lui déclarer la guerre ; à 1’entendre, sa victoire ne fait pas un doute, il mangera le monstre [227].

Les offres d’Octave Mouret sont repoussées avec mépris. trente mille francs, puis cinquante, puis quatre-vingts, puis cent mille: Bourras y laissera sa peau plutôt que de céder. L’hôtel Duvillard est dévoré par l’envahisseur, la masure est entourée de toutes parts, son propriétaire la vend à prix d’or au Bonheur des Dames, le vieux marchand dé parapluies devient ainsi l’infime locataire du puissant Mouret; peu lui importe. l’empereur avec tous ses canons ne le délogera pas [228]. Comme on a voulu quand môme éliminer l’obstacle, et que l’architecte a eu l’idée de percer un souterrain qui achève l’investissement, Bourras entame un long procès qu’il gagne en deux ans et qui le ruine. Hardiment il prétend battre le Bonheur des Dames sur son propre terrain et il fait alors des concessions au luxe moderne, consacrant trois mille francs, sa ressource suprême, à des embellissements; il engage même la lutte sur les. prix [243]. C’est une suite de désastres, mais il tient toujours, sa maison est là, entêtée, collée aux flancs des superbes magasins, comme une verrue déshonorante, et il continue à nier les faits, il refuse de comprendre, superbe et stupide comme une borne [265].

Pour en venir à bout, le colosse est forcé de racheter des créances, de le faire mettre en faillite et de l’expulser par la force. Mis à la rue, rivé au trottoir, il voit les démolisseurs commencer leur œuvre et la masure s’ébouler pitoyablement sous les premiers coups de pioche. C’est le moucheron écrasé, le dernier triomphe sur l’obstination cuisante de l’infiniment petit [465]. Malgré sa voix dure et ses gestes fous, le pauvre Bourras était un bon cœur; il a recueilli autrefois Denise Baudu et Pépé, réduits à une misère noire et qui, sans lui. sans sa pitié bourrue, seraient morts de faim [225]. Après la déroute, il est parti, secouant fièrement sa tête chevelue, allant chercher du travail chez les autres. (Au Bonheur des Dames.)

Bourrette (Abbé). — Premier vicaire à Saint-Saturnin, cathédrale de Plassans. Gros homme, au bon visage crédule, avec de grands .yeux d’enfant, des bras trop courts, un ventre d’une rondeur douée et luisante, des jambes déjà lourdes [61]. Plein de naïveté, il fréquente les salons sans en démêler les intrigues ; il y raconte d’un air ravi de petites histoires de sainteté [253] : il croit à l’insignifiance de l’abbé Faujas, qu’il a logé dans la maison de François Mouret et introduit chez Félicité Rougon. Aspirant à la cure de Saint-Saturnin, il ajoute foi aux contes de monseigneur Rousselot, se laisse toujours évincer, et pousse la bonhomie jusqu’à pleurer à chaudes larmes la mort de Faujas [4OO]. (La Conquête de Plassans.)

Boutarel. — Médecin de Nana. Bel homme, jeune encore, a une clientèle superbe dans le monde galant. Très gai, riant en camarade avec ces dames, mais ne couchant jamais, il se fait payer fort cher et avec la plus grande exactitude. Le docteur se dérange au moindre appel, il guérit les bobos de ses clientes en les amusant de commérages et d’histoires folles [435]. (Nana.)

Boutarel. — Gros homme sanguin. Ne comprend rien aux essayages des grands magasins, où les dames se déshabillent dans de petits salons, sans que leur mari puisse les suivre [493]. (Au Bonheur des Dames.)

Boutarel (Madame). — Une grosse femme de quarante-cinq ans, qui débarque de loin en loin à Paris, du fond d’un département perdu. Là-bas, pendant des mois, entre son mari et sa fille, elle met des sous de côté, puis, à peine descendue de wagon, elle tombe au Bonheur des Dames, elle dépense tout. On sait seulement qu’elle se nomme madame Boutarel et qu’elle demeure à Albi [111]. (Au Bonheur des Dames.)

Bouteloup (Louis). — Ouvrier de la coupe à terre, au Voreux. Un gros garçon de trente-cinq ans, à la carrure épaisse, à l’air placide et honnête, sous sa grande barbe brune. Il est logé au coron des Deux cent quarante, chez les Levaque et couche avec la femme, du consentement du mari [23]. (Germinal.)

Bouteroue (Hilarion). — Second enfant de Vincent Bouteroue. Petit-fils de Marianne Fouan (la Grande). Celle-ci n’a jamais pardonné le mariage de sa fille et laisse Hilarion et Palmyre, ses petits-enfants, crever de faim sans vouloir qu’on lui rappelle leur existence [32]. D’une hideur bestiale de crétin, bancal, la bouche tordue par un bec-de-lièvre, l’air caduc pour ses vingt-quatre ans, Hilarion est si bête que personne ne veut le faire travailler. Les gamins le persécutent. Il n’a d’autre soutien que sa sœur Palmyre, véritable mère qui le défend, le nourrit et se dévoue jusqu’à l’inceste. Doué d’une grande force musculaire dont il n’a même pas conscience, cet innocent, cet infirme se gorge d’eau-de-vie, vole sa sœur, la bat, devient franchement mauvais. Palmyre morte, il vit de la charité publique et est enfin recueilli par la terrible Grande, intéressée à exploiter cette brute solide, capable des plus durs travaux et qui a peur d’elle, la regardant en animal battu, épouvanté et soumis [269]. Mais un jour, frémissant sous les corvées trop rudes, les membres raidis par des chaleurs de sang, Hilarion se révolte, son aplatissement se change en une rage de mâle n’ayant conscience ni de la parenté, ni de l’âge, à peine du sexe, il se jette sur l’aïeule pour la violer et est abattu par elle, d’un violent coup de cognée au crâne [420]. (La Terre.)

Bouteroue (Palmyre). — Sœur d’Hilarion. Grande femme d’une trentaine d’années, qui en paraît bien cinquante. Elle a les cheveux rares, la face plate, molle, jaune de son, une longue face de misère, flétrie déjà, hébétée à force de travail, où il n’y a plus que des yeux de bonne chienne, au dévouement clair et profond. La sœur et le frère logent dans une ancienne écurie abandonnée, en parias, en êtres près de la terre, dont personne n’a voulu. Cassée, épuisée par des travaux trop pénibles, menant une vie dolente, sans une amitié, sans un amour, une existence d’animal traité à coups de fouet, Palmyre a pour l’infirme des soins passionnés, c’est une tendresse de mère qui va jusqu’à l’inceste, elle est la femme d’Hilarion parce que les autres filles le rebutent et qu’après lui avoir gagné du pain, elle peut bien encore, le soir, lui donner ce régal qui ne coûte rien [137]. A trente-cinq ans, cette femme, qui porte des fardeaux à se rompre les reins, a un visage couleur de cendre, mangé ainsi qu’un vieux sou. Buteau qui l’emploie aux moissons, l’embauche à la tâche parce qu’il ne la trouve plus assez forte, et elle s’éreinte à des besognes d’homme, achevant de laisser boire sa vie au brûlant soleil, dans cet effort désespéré de la bête de somme qui va choir et mourir. Elle succombe en liant des gerbes, foudroyée par une insolation ; on la trouve allongée, la face au ciel, les bras en croix, crucifiée sur cette terre qui l’a usée si vite à son dur labeur et qui l’a tuée [245]. (La Terre.)

Bonteroue (Vincent). — Paysan pauvre, que la fille des Péchard s’est obstinée à. épouser, malgré 1’opposition maternelle. Tous deux meurent de misère, laissant deux enfants, Palmyre et Hilarion [32]. (La Terre.)

Bouteroue (Madame Vincent). — Voir PECHARD (Mademoiselle).

Bouthemont père. — Marchand de nouveautés à Montpellier. A envoyé son fils à Paris pour y apprendre le commerce et n’a pu obtenir qu’il reprenne son petit négoce provincial. Il s’indigne de voir ce simple commis parisien gagnant le triple de ce qu’il gagne lui-même, occupant une situation qui grandit chaque année [45]. Débarqué à Paris, il suffoque du stupeur et d’indignation, en tombant dans le hall immense où règne son fils [202]. {Au Bonheur des Dames.)

Bouthemont. — Fils du marchand de nouveautés. Ayant réussi dans les soies à Paris, il a refusé de retourner auprès de son père, plaisantant la routine commerciale de la province, faisant à chaque passage sonner ses gains, qui bouleversent Montpellier. C’est un jeune homme à fortes épaules, il a une face ronde de joyeux compère, avec une barbe d’un noir d’encre et de beaux yeux marrons [45]. Noceur, braillard, il a une amabilité un peu grosse, un rire bon enfant où il y a un amour brutal de la femme [127]. Entré au Bonheur des Dames comme premier à la soierie, médiocre pour la vente, mais n’ayant pas son pareil pour l’achat, il jouit d’une liberté absolue, et mène son rayon comme il l’entend, pourvu que chaque année le chiffre d’affaires soit augmenté dans une proportion fixée d’avance. Pris en affection par Octave Mouret, devenu le confident du patron et d’Henriette Desforges, il sait plaire à celle-ci et, dès qu’il se sent miné au magasin, il obtient son concours pour une commandite du baron Hartmann [393].

Bouthemont fonde alors une superbe maison prés de l’Opéra, avec l’enseigne : Aux Quatre Saisons, rêvant une gigantesque concurrence au Bonheur des Dames. Ce bon vivant a l’idée géniale de faire bénir ses locaux par le clergé de la Madeleine, cérémonie étonnante, pompe religieuse promenée de la soierie à la ganterie. Dieu tombé dans les pantalons de femme et dans les corsets; cette heureuse inspiration vaut un million d’annonces, tellement le coup est porté sur la clientèle mondaine. D’ailleurs, à peine ouverts depuis trois semaines, 1rs grands magasins des Quatre Saisons sont incendiés par une explosion de gaz, pendant la nuit, les vendeuses se sauvent en chemise. l’héroïsme de Bouthemont en sauve cinq sur ses épaules, c’est une superbe réclame pour l’avenir [475]. (Au Bonheur des Dames.)

Boutigny. — Ancien camarade de Lazare Chanteau au lycée de Caen. A quitté le latin en quatrième, s’est mis dons le commerce, place des vins [72]. Retrouve Lazare à Paris, s’intéresse à son projet d’usine pour l’exploitation des herbes marines, apporte trente mille francs comme associé. Il a une trentaine d’années, c’est un petit homme rouge très commun, ou l’appelle « le gros Boutigny ». Esprit essentiellement pratique. il blâme Lazare qui veut faire trop vaste et, après l’échec de l’exploitation, il rachète à bas prix l’usine, qu’il aménage pour la fabrication en grand de la soude de commerce [102]. Brouillé alors avec Lazare qu’il menace d’un procès [l 17], et devenu « cette canaille de Boutigny », il fait rapidement fortune et il épouse une femme qui l’avait suivi à Verchemont et dont il a trois enfants [356]. (La Joie de vivre.)

Boutin. — Un ancien modelé qui tient rue de la Huchette un atelier libre, fréquenté par Claude Lantier. Quand celui-ci adonné ses vingt francs au massier, il trouve là du nu, des hommes, des femmes, à en faire une débauche, dans son coin. et il s’acharne, il y perd le boire et le manger, luttant sans repos avec la nature [47]. (L’Œuvre.)

Boutin. — Vieil épileptique soigne par le docteur Pascal à Plassans. Meurt d’une crise congestive [44]. (Le Docteur Pascal.)

Boves (Comte de). — Inspecteur général des haras. Bel homme, porte les moustaches et l’impériale, de l’air militairement correct aimé des Tuileries [75]. La famille vit d’une dernière ferme hypothéquée, au mince produit de laquelle s’ajoutent heureusement, les neuf mille francs de la fonction du comte [81]. Sous sa galanterie de beau fonctionnaire, son allure de représentant de la vieille France, M. de Boves a des coups de tendresse qui le dévorent au dehors; comme son service l’appelle aux quatre coins de la France, dans les dépôts d’étalons, il a de continuels prétextes pour disparaître, su terrant dans un coin des Batignolles quand on le croit à Tarbes. Sa dernière passion, madame Guibal, lui coule cher et, comme des accès de goutte le retiennent à la maison, il la reçoit chez lui, avec la tolérance de sa femme qui préfère celte combinaison moins coûteuse [476]. (Au Bonheur des Dames.)

Boves (Comtesse de). — Femme du comte. Vient de dépasser la quarantaine. C’est une femme superbe, à encolure de déesse, avec une grande face régulière et de larges yeux dormants. Elle a été épousée pour elle-même, n’apportant à son mari que sa beauté de Junon [81]. Serrée d’argent, toujours torturée d’une envie trop grosse, elle parcourt les grands magasins, trouvant une joie sensuelle à faire sortir des cartons toutes sortes de dentelles pour les voir et les toucher, mettant des doigts tremblants de désir dans les flots montants de guipures, de malines, de valenciennes, de chantillys. La névrose des grands bazars fait son œuvre en la poussant au vol, même sans besoin, car sa complaisance a rendu au ménage les ressources que le mari dépensait au dehors. Maintenant, elle vole pour voler, comme on aime pour aimer, sous le coup de fouet du désir [509]. Elle est prise en flagrant délit [506]. (Au Bonheur des Dames.)

Boves (Blanche de). — Fille du comte et de la comtesse de Boves. Grande et forte, elle ressemble à sa mère ; seulement, chez elle, le masque s’empâte déjà, les traits sont gras, soufflés d’une mauvaise graisse [81]. On la marie à Paul de Vallagnosc [476]. (Au Bonheur des Dames.)

Bramah. — Cheval anglais (écurie de lord Reading). A gagné le Grand Prix de Paris [389]. (Nana.)

Brambilla. — Réfugié vénitien. Personnage noir que ses malheurs politiques ont rendu silencieux et réfléchi. Fréquente chez la comtesse Balbi [66]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Brétigny (Comtesse de). — auguste Lantier, lisant dans un journal les nouvelles mondaines, annonce à Mes-Bottes, à Bec-Salé, à Bibi-la-Grillade et à Coupeau que la comtesse de Brétigny marie sa fille aînée au jeune baron de Valençay, aide de camp de Sa Majesté [340]. (L’Assommoir.)

Breton-le-cul-sec. — L’un des chauffeurs de la bande du Beau-François [67]. (La Terre.)

Brichet (Artaud, dit). — Vieux paysan des Artaud. Petit, séché par l’âge, la mine humble [37]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Brichet (La Mère). — Femme de Brichet. Grande paysanne pleurnicheuse, la seule dévote du village, rôdant autour de la cure quand elle a communié, soutirant à l’abbé des aumônes en nature [38]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Brichet (Fortuné). — Aîné des Brichet, les plus pauvres paysans des Artaud. Grand garçon de vingt-cinq ans, l’air hardi, la peau dure déjà [37]. Quand il épouse Rosalie Bambousse, sa maîtressse devenue mère, on dit dans le village qu’il a gagné les écus du père Bambousse dans le foin [290]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Brichet (Vincent). — Second fils des Brichet. Cheveux rouges en broussaille, mince, yeux gris. Enfant de chœur à l’église des Artaud [5]. Galopin toujours en maraude, serrant déjà de près la petite Catherine Bambousse. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Briquet (Les). — Paysans de Rognes. Leur fils tire le numéro 13 à la conscription [457]. (La Terre.)

Bron (Madame). — Concierge des Variétés. Dans sa loge, au désordre de soupente mal tenue, des messieurs du monde, gantés, corrects, attendent, l’air patient et soumis, les réponses des demoiselles du théâtre. Madame Bron tient une buvette pour les figurants [148]. (Nana.)

Bru. (Le Père). — Ancien ouvrier peintre, vieillard de soixante-dix ans, qui habite la même maison que les Coupeau, rue de la Goutte-d’Or, et vit dans un trou sous le petit escalier. Il a le corps voûté, la barbe blanche, la face ridée comme une vieille pomme, un air hébété [240]. Le père Bru a perdu ses trois fils en Crimée et maintenant, on le laisse mourir parce qu’il ne peut plus tenir un outil. Gervaise a été bonne pour lui, mais lorsqu’elle ne peut plus rien, le pauvre vieux n’a plus qu’à attendre la mort, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d’un enfant [419]. (L’Assommoir.)

Brûlé (La). — Mère de la Pierronne. C’est la veuve d’un haveur mort à la mine ; elle a juré de ne jamais donner sa fille à un charbonnier, elle l’a envoyée en fabrique et ne décolère plus depuis qu’elle l’a vue, sur le tard, épouser Pierron. Tous trois vivent au coron des Deux cent quarante et, dans le bonheur du ménage, la Brûlé hurle avec un enragement de vieille révolutionnaire, ayant à venger contre les patrons la mort de son homme [110]. Elle est terrible, avec ses yeux de chat-huant, son nez en bec d’aigle et sa bouche serrée comme la bourse d’un avare [70]. Son rendre l’indigne par sa lâcheté devant les chefs. Cribleuse au Voreux. elle est une des plus acharnées pendant la grève ; devant la troupe, elle vomit l’injure, elle donne le signal de la lutte à coups de brique contre. les soldats impossibles [484] et, à la première décharge, elle s’abat toute raide et craquante comme un fagot de bois sec, en bégayant un dernier juron dans le gargouillement du sang [487] (Germinal.)

Brunet (Famille). — Bourgeois du quartier neuf, à Plas-sans, jalousés par madame Pierre Rougon [357]. (La Fortune des Rougon )

Budin (Les). — Paysans de Rognes. Leur fillette a été, dit-on, guérie de la fièvre parle rebouteur Sourdeau, qui a ouvert en deux un pigeon vivant et le lui a appliqué sur la tôle [455]. (La Terre.)

Buquin-Lecomte. — Député au Corps Législatif. Sollicite un congé [4]. (Son Excellence Eugène Rougon.)

Burgat. — Forgeron à Alboize. A fait partie des contingents insurrectionnels lors du coup d’Etat [34.]. (La Fortune des Rougon.)

Burne. — Jockey anglais. Monte Spirit au Grand Prix de Paris [410]. (Nana.)

Busch aîné. — Un juif né à Nancy de parents allemands. Gros homme, large face plate, gros yeux gris, cheveux pâles tombant en mèches rares et rebelles de son crâne nu. Loge rue Feydeau, au cinquième étage, où il possède un étroit logement composé de deux pièces et d’une cuisine. Il porte toujours une cravate blanche roulée et une redingote d’occasion, anciennement superbe, mais extraordinairement râpée et maculée de taches. Son chapeau, roussi par le soleil, lavé par les averses, n’a plus d’âge [16]. Outre l’usure et tout un commerce caché sur les bijoux et les pierres précieuses, Busch fait le trafic des valeurs dépréciées, il sert d’intermédiaire entre la petite Bourse des « Pieds-Humides » et les banqueroutiers qui ont des trous à combler dans leur bilan. Mais il s’occupe surtout de l’achat des mauvaises créances, professant que toute valeur, même la plus compromise, peut redevenir bonne; c’est un jeu comme un autre, la chasse au débiteur, où celui qui se laisse prendre, payant pour les disparus, est mangé de frais et vidé jusqu’au sang [27].

La Méchain est le principal collaborateur du terrible juif; c’est elle qui lui a apporté l’affaire Victor Saccard [32], grâce A laquelle Busch essayera de faire chanter le directeur de la Banque Universelle [322] et, pour se venger de son échec, précipitera la ruine du financier par une plainte en escroquerie [376]. Busch poursuit ses victimes à boulets rouges, il persécute le petit ménage Jordan et organise un chantage affreux contre les dames de Beauvilliers. Mais ce loup, féroce aux débiteurs, très capable de voler dix sous dans le sang d’un homme, adore son cadet Sigismond d’une passion maternelle, il le sert comme une bonne le tolère oisif et lui défend même de travailler [35]. Et devant le corps à peine froid de Sigismond, ce terrible mangeur d’or hurle d’une abominable souffrance [441]. (L’Argent).

Busch (Sigismond). — Frère de l’usurier. Imberbe, cheveux châtains, longs et rares, vaste front bossu. C’est une intelligence. Il a été élevé dans les universités allemandes, parlé plusieurs langues, s’est lié avec Karl Marx et professe le socialisme avec une foi ardente, ayant fait le don de sa personne entière à l’idée d’une prochaine rénovation sociale, qui doit assurer le bonheur des pauvres et des humbles. C’est un grand garçon distrait, resté enfant, tellement insoucieux de sa vie matérielle qu’il mourrait sûrement de faim si son frère ne l’avait recueilli. L’idée de charité le blesse, il n’admet que la justice et organise la société de demain, remuant des milliards, déplaçant la fortune universelle et cela, dans sa chambre nue, sans une autre passion que son rêve, tellement absorbé qu’il ne sait même pas ce que fait son frère dans la pièce voisine, ignorant tout de l’effroyable négoce [36].

Il établit le plan définitif de l’humanité future, avec l’unique amusement de s’imaginer les plaisantes ironies de la nouvelle justice distributive, se plaisant à contempler la Bourse, qu’il domine de sa fenêtre, se frottant les mains devant l’œuvre des financiers accapareurs, parce que toute centralisation mène au collectivisme, à la transformation des capitaux privés en un capital social unitaire. Il annonce à Aristide Saccard la suppression de l’argent monnayé [314] et, plein de son rêve, ayant achevé en sa tête la construction idéale de la cité de justice et de bonheur, il meurt à trente-huit ans, terrassé par la phtisie. (L’Argent )

Buteau. — Second fils du père Fouan. Frère de Jésus-Christ et de Fanny Delhomme. Cousin et mari de Lise Mouche. Père de Jules et de Laure. Chez lui, le grand nez des Fouan s’est aplati, tandis que le bas de la figure, les maxillaires s’avancent en mâchoire puissante de carnassier. Les tempes fuient, tout le haut de la tête se resserre, et, derrière le rire gaillard de ses yeux gris, il y a, dès sa jeunesse, de la ruse et de la violence. Il tient de son père le désir brutal, l’entêtement dans la possession, aggravés par l’avarice étroite de la mère [18]. Vif et gai avec les camarades, il est féroce au marché, têtu, insolent, menteur, voleur à vendre les choses trois fois leur prix et à se faire donner tout pour rien. Il doit le surnom de Buteau à sa mauvaise tête, continuellement en révolte, s’obstinant dans des idées à lui qui ne sont pas celles de tout le monde. Même gamin, il n’a pu s’entendre avec ses parents. Plus tard, après avoir tiré un bon numéro, il s’est sauvé de chez eux pour se louer d’abord à la Borderie, où il a connu Jean Macquart, ensuite à la Chamade.

C’est un vrai terrien, ne connaissant qu’Orléans et Chartres, n’ayant rien vu au delà du plat horizon de la Beauce. Il tire un orgueil d’avoir ainsi poussé dans sa terre, il a les obstinations bornées d’un être attaché au sol. Quand le père Fouan fait le partage des biens, Buteau refuse violemment sa part, se prétendant volé, et il conserve cette attitude hostile pendant plus de deux ans, vivant dans une rage faite de désir et de rancune, ne cédant enfin que lorsque la création d’un chemin donne à son lot une grande plus-value. Amant de sa cousine Lise, il l’avait laissée là, le ventre gros, dans son égoïsme de mâle brutal, et il ne consent à l’épouser que beaucoup plus tard, quand Lise, héritière du père Mouche, est devenue un bon parti. C’est alors l’ivresse de la terre conquise, c’est une grande passion satisfaite [194].

Buteau n’a qu’un amour, la terre. Quand la terre souffre, il est d’humeur exécrable et il redevient gentil, conciliant et goguenard si la récolle s’annonce bien. Voulant du blé qui rapporte, mais pas de mioches qui coûtent, il est furieux des grossesses de sa femme. Avare, il a des colères devant les contributions à payer, se révoltant contre le percepteur, dans une haine séculaire contre ces feignants de bourgeois [331]. Il marchande la rente du père Fouan et, dans une crise de rapacité, bouscule si rudement sa mère qu’elle tombe pour ne plus se relever. Mais un danger le menace, la moitié du bien des Mouche appartient à Françoise, la jeune sœur de Lise ; l’idée d’un partage est insupportable à Buteau, rien ne l’ar-rêtera pbur conserver tout l’héritage. Il voudra d’abord coucher avec la jeune fille, combinaison qui arrangerait tout car il posséderait les deux femmes et la totalité du bien. Devant un projet de mariage qui ruine ses espérances, il devient enragé. Puis, sa belle-sœur mariée à Jean Macquart, le désir du mâle, né d’une longue poursuite infructueuse, s’exaspère en lui, il projette confusément des violences, des assassinats que la terreur des gendarmes l’empêche seule de commettre [385]. Enfin, la grossesse de Françoise achève de l’affoler, car l’enfant qui vient abolirait définitivement l’espoir tenace qu’il nourrit de rentrer en possession du bien. Et désormais Buteau est mûr pour le crime. D’accord avec sa femme, il viole Françoise que Lise précipite ensuite sur une pointe de faux. Et ils héritent d’elle. Et ils chassent le mari dépouillé. Et comme le père Fouan, pourtant déchu et déprimé, a vu le meurtre, ils le tuent, lui aussi. Et, devant la terre reconquise par le sang, toute la chair de Buteau se met à trembler de joie, comme au retour d’une femme désirée et qu’on a cru perdue [480.] (La Terre.)

Buteau (Madame). — Voir MOUCHE (Lise).

Buteau (Jules). — L’aîné de Buteau et de Lise Mouche. Avait près de trois ans quand ses parents se sont mariés. Il est, à neuf ans, le seul ami du vieux Fouan, le dernier lien qui rattache le grand-père à la vie des autres, lien fragile d’ailleurs, car bientôt Jules se lasse et il abandonne le vieillard [430]. (La Terre.)

Buteau (Laure). — Deuxième enfant de Buteau et de Lise Mouche. A quatre ans, elle a déjà les yeux durs de la famille, elle est hostile au grand-père Fouan, se dégageant de ses bras, sournoise, rancunière, comme si elle condamnait déjà cette bouche inutile. Et par jalousie, elle détache de lui son frère, meilleur qu’elle [430]. (La Terre.)

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