Germinal

Germinal (paragraphe n°2052)

Partie : Cinquième partie, chapitre IV

Dehors, on parla de marcher sur Saint-Thomas. Cette fosse était la mieux disciplinée, la grève ne l'avait pas atteinte, près de sept cents hommes devaient y être descendus ; et cela exaspérait, on les attendrait à coups de trique, en bataille rangée, pour voir un peu qui resterait par terre. Mais la rumeur courut qu'il y avait des gendarmes à Saint-Thomas, les gendarmes du matin, dont on s'était moqué. Comment le savait-on ? personne ne pouvait le dire. N'importe ! la peur les prenait, ils se décidèrent pour Feutry-Cantel. Et le vertige les remporta, tous se retrouvèrent sur la route, claquant des sabots, se ruant : à Feutry-Cantel ! à Feutry-Cantel ! les lâches y étaient bien encore quatre cents, on allait rire ! Située à trois kilomètres, la fosse se cachait dans un pli de terrain, près de la Scarpe. Déjà, l'on montait la pente des Plâtrières, au-delà du chemin de Beaugnies, lorsqu'une voix, demeurée inconnue, lança l'idée que les dragons étaient peut-être là-bas, à Feutry-Cantel. Alors, d'un bout à l'autre de la colonne, on répéta que les dragons y étaient. Une hésitation ralentit la marche, la panique peu à peu soufflait, dans ce pays endormi par le chômage, qu'ils battaient depuis des heures. Pourquoi n'avaient-ils pas buté contre des soldats ? Cette impunité les troublait, à la pensée de la répression qu'ils sentaient venir.

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