L'Assommoir

L'Assommoir (paragraphe n°541)

Partie : Préface de l'auteur, chapitre III

Elle partit rageusement, en faisant trembler l'escalier sous les coups de ses talons. Lorilleux courut derrière elle. Mais tout ce qu'il put obtenir, ce fut qu'elle attendrait cinq minutes sur le trottoir, si l'on voulait partir ensemble. Elle aurait dû s'en aller après l'orage, comme elle en avait eu l'envie. Coupeau lui revaudrait cette journée-là. Quand ce dernier la sut si furieuse, il parut consterné ; et Gervaise, pour lui éviter des ennuis,consentit à rentrer tout de suite. Alors, on s'embrassa rapidement. Monsieur Madinier se chargea de reconduire maman Coupeau. Madame Boche devait, pour la première nuit, emmener Claude et Etienne coucher chez elle ; leur mère pouvait être sans crainte, les petits dormiraient sur des chaises, alourdis par une grosse indigestion d'œufs à la neige. Enfin, les mariés se sauvaient avec Lorilleux, laissant le reste de la noce chez le marchand de vin, lorsqu'une bataille s'engagea en bas, dans le bastringue, entre leur société et une autre société ; Boche et Mes-Bottes, qui avaient embrassé une dame, ne voulaient pas la rendre à deux militaires auxquels elle appartenait, et menaçaient de nettoyer tout le tremblement, dans le tapage enragé du cornet à pistons et des deux violons, jouant la polka des Perles.

?>