La Bête humaine

La Bête humaine (paragraphe n°929)

Chapitre V

Pourquoi l'aurait-il forcée à causer brutalement de cette chose affreuse ? Plus tard, elle lui conterait tout, si elle en éprouvait le besoin. Cette façon de se tranquilliser, en se confessant à lui, sans rien dire, le touchait beaucoup, ainsi qu'une marque d'infinie tendresse. Elle était si confiante, si fragile, avec ses doux yeux de pervenche ! Elle lui apparaissait si femme, toute à l'homme, toujours prête à le subir, pour être heureuse ! Et, surtout, ce qui le ravissait, tandis que leurs mains restaient jointes et que leurs regards ne se quittaient plus, c'était de ne pas retrouver en lui son malaise, cet effrayant frisson qui l'agitait, près d'une femme, à l'idée de la possession. Les autres, il n'avait pu toucher à leur chair, sans éprouver le désir d'y mordre, dans une abominable faim d'égorgement. Pourrait-il donc l'aimer, celle-là, et ne point la tuer ?

?>