La Conquête de Plassans

La Conquête de Plassans (paragraphe n°1411)

Chapitre XV

C'était là le sujet habituel de leur conversation. Olympe parlait souvent aussi de l'abbé Faujas, qu'elle paraissait adorer. Elle racontait à Marthe des particularités intimes sur le prêtre : il craignait les chatouilles ; il ne pouvait pas dormir sur le côté gauche ; il avait une fraise à l'épaule droite, qui rougissait en mai, comme un fruit naturel. Marthe souriait, ne se lassait jamais de ces détails ; elle questionnait la jeune femme sur son enfance, sur celle de son frère. Puis, quand la question d'argent revenait, elle était comme folle de son impuissance ; elle se laissait aller à se plaindre amèrement de Mouret, qu'Olympe, enhardie, finit par ne plus nommer devant elle que " le vieux grigou. " Parfois, lorsque Trouche rentrait de son bureau, les deux femmes étaient encore là, à causer ; elles se taisaient, changeaient de conversation. Trouche gardait une attitude digne. Les dames patronnesses de l'œuvre de la Vierge étaient très contentes de lui. On ne le voyait dans aucun café de la ville.

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