La Curée

La Curée (paragraphe n°1398)

Chapitre VI

C'était un bruit assourdissant, une mêlée confuse où elle ne distingua d'abord que des jupes volantes et des jambes noires piétinant et tournant. La voix de monsieur de Saffré criait : " Le changement de dames ! Le changement de dames ! " Et les couples passaient au milieu d'une fine poussière jaune ; chaque cavalier, après avoir fait trois ou quatre tours de valse, jetait sa dame aux bras de son voisin, qui lui jetait la sienne. La baronne de Meinhold, dans son costume d'Emeraude, tombait desmains du comte de Chibray aux mains de monsieur Simpson ; il la rattrapait au petit bonheur, par une épaule, tandis que le bout de ses gants glissait sous le corsage. La comtesse Vanska, rouge, faisant sonner ses pendeloques de corail, allait, d'un bond, de la poitrine de monsieur de Saffré sur la poitrine du duc de Rozan, qu'elle enlaçait, qu'elle forçait à pirouetter pendant cinq mesures, pour se pendre ensuite à la hanche de monsieur Simpson, qui venait de lancer l'Emeraude au conducteur du cotillon. Et madame Teissière, madame Daste, madame de Lauwerens, luisaient, comme de grands joyaux vivants, avec la pâleur blonde de la Topaze, le bleu tendre de la Turquoise, le bleu ardent du Saphir, s'abandonnaient un instant, se cambraient sous le poignet tendu d'un valseur, puis repartaient, arrivaient de dos ou de face dans une nouvelle étreinte, visitaient à la file toutes les embrassades d'homme du salon. Cependant, madame d'Espanet, devant l'orchestre, avait réussi à saisir madame Haffner au passage, et valsait avec elle, sans vouloir la lâcher. L'Or et l'Argent dansaient ensemble, amoureusement.

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