La Débâcle

La Débâcle (paragraphe n°1281)

Partie : DEUXIEME PARTIE, chapitre II

Et le formidable duel d'artillerie continua, s'aggrava, par-dessus la tête des régiments couchés, dans la campagne ardente et morne, où pas une âme n'apparaissait, sous le brûlant soleil. Il n'y avait que ce tonnerre, que cet ouragan de destruction, roulant au travers de cette solitude. Les heures allaient s'écouler, cela ne cesserait point. Mais déjà la supériorité de l'artillerie allemande s'indiquait, les obus à percussion éclataient presque tous, à des distances énormes ; tandis que les obus français, à fusée, d'un vol beaucoup plus court, s'enflammaient le plus souvent en l'air, avant d'être arrivés au but. Et aucune autre ressource que de se faire tout petit, dans le sillon où l'on se terrait ! Pas même le soulagement, la griserie de s'étourdir en lâchant descoups de fusil ; car tirer sur qui ? puisqu'on ne voyait toujours personne, à l'horizon vide !

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