La Débâcle

La Débâcle (paragraphe n°2100)

Partie : DEUXIEME PARTIE, chapitre VIII

Et il ajouta des détails. C'était au château de Bellevue, près de Donchery, que l'entrevue avait eu lieu, entre le général de Wimpffen, le général de Moltke et Bismarck. Un terrible homme, ce général Moltke, sec et dur, avec sa face glabre de chimiste mathématicien, qui gagnait les batailles du fond de son cabinet, à coup d'algèbre ! Tout de suite, il avait tenu à établir qu'il connaissait la situation désespérée de l'armée française : pas de vivres, pas de munitions, la démoralisation et le désordre, l'impossibilité absolue de rompre le cercle de fer où elle était enserrée ; tandis que les armées allemandes occupaient les positions les plus fortes, pouvaient brûler la ville en deux heures. Froidement, il dictait sa volonté : l'armée française tout entièreprisonnière, avec armes et bagages. Bismarck, simplement, l'appuyait, de son air de dogue bon enfant. Et, dès lors, le général de Wimpffen s'était épuisé à combattre ces conditions, les plus rudes qu'on eût jamais imposées à une armée battue. Il avait dit sa malchance, l'héroïsme des soldats, le danger de pousser à bout un peuple fier ; il avait, pendant trois heures, menacé, supplié, parlé avec une éloquence désespérée et superbe, demandant qu'on se contentât d'interner les vaincus au fond de la France, en Algérie même ; et l'unique concession avait fini par être que ceux d'entre les officiers qui prendraient, par écrit et sur l'honneur, l'engagement de ne plus servir, pourraient se rendre dans leurs foyers. Enfin, l'armistice devait être prolongé jusqu'au lendemain matin, à dix heures. Si, à cette heure-là, les conditions n'étaient pas acceptées, les batteries prussiennes ouvriraient le feu de nouveau, la ville serait brûlée.

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