La Débâcle

La Débâcle (paragraphe n°2336)

Chapitre II

Pourtant, au moindre appel, il se hâtait de nouveau. C'était inhumain, ces sonneries réglementaires ; et elles avaient un autre effet, qui crevait le cœur de Maurice. Chaque fois que sonnaient les clairons, les chevaux français, abandonnés et libres de l'autre côté du canal, accouraient, se jetaient dans l'eau pour rejoindre leurs régiments, affolés par ces fanfares connues qui leur arrivaient ainsi que des coups d'éperon. Mais, épuisés, entraînés, bien peu atteignaient la berge. Ils se débattaient, lamentables, se noyaient en si grand nombre, que leurs corps déjà, enflés et surnageant, encombraient le canal. Quant à ceux qui abordaient, ils étaient comme pris de folie, galopaient, se perdaient au travers des champs vides de la presqu'île.

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