La Fortune des Rougon

La Fortune des Rougon (paragraphe n°1611)

Partie : Préface, chapitre VII

Il venait de mettre la main sur l'épaule de Silvère. Silvère, accroupi sur une poutre, la face morte, regardait au loin, devant lui, dans le crépuscule blafard, d'un air doux et stupide. Depuis son départ de Sainte-Roure, il avait eu ce regard vide. Le long de la route, pendant les longues lieues, lorsque les soldats activaient la marche du convoi à coups de crosse, il s'était montré d'une douceur d'enfant. Couvert de poussière, mourant de soif et de fatigue, il marchait toujours, sans une parole, comme une de ces bêtes dociles qui vont en troupeaux sous le fouet des vachers. Il songeait à Miette. Il la voyait étendue dans le drapeau, sous les arbres, les yeux en l'air. Depuis trois jours, il ne voyait qu'elle. A cette heure, au fond de l'ombre croissante, il la voyait encore.

?>