La Joie de vivre

La Joie de vivre (paragraphe n°788)

Chapitre IV

Pendant plus de trente années, il avait battu le monde, passant de vaisseau en vaisseau, faisant le service d'hôpital aux quatre coins de nos colonies ; il avait soigné les épidémies du bord, les maladies monstrueuses des tropiques, l'éléphantiasis à Cayenne, les piqûres de serpent dans l'Inde ; il avait tué des hommes de toutes les couleurs, étudié les poisons sur des Chinois, risqué des nègres dans des expériences délicates de vivisection. Et, aujourd'hui, cette petite fille, avec son bobo à la gorge, le retournait au point qu'il ne dormait plus ; ses mains de fer tremblaient, son habitude de la mort défaillait, à la crainte d'une issue fatale. Aussi, voulant cacher cette émotion indigne, tâchait-il d'affecter le mépris de la souffrance. On naissait pour souffrir, à quoi bon s'en émouvoir ?

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