La Terre

La Terre (paragraphe n°411)

Chapitre IV

Macqueron, dans un coin, tassé, avec sa grosse face moustachue, tournait ses pouces. Depuis qu'il avait gagné des rentes, en spéculant sur les petits vins de Montigny, il était tombé à la paresse, chassant, pêchant, faisant le bourgeois ; et il restait très sale, vêtu de loques, pendant que sa fille Berthe trimballait autour de lui des robes de soie. Si sa femme l'avait écouté, ils auraient fermé boutique, et l'épicerie, et le cabaret, car il devenaitvaniteux, avec de sourdes ambitions, inconscientes encore ; mais elle était d'une âpreté féroce au lucre, et lui-même, tout en ne s'occupant de rien, la laissait continuer à verser des canons, pour ennuyer son voisin Lengaigne, qui tenait le bureau de tabac et donnait aussi à boire. C'était une rivalité ancienne, jamais éteinte, toujours près de flamber.

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